L'ESPION

 

Scène 1

Des officiers, Raoul, le capitaine.

Quelque officiers discutent près de leur abri.

Un officier (un peu saoul) : C'est vraiment un beau soir d'été !

Un autre : Ouais, mais il commence vraiment à faire froid. (se retournant) Hé Raoul viens t'asseoir et chanter avec nous !

Raoul (se dirigeant vers eux) : [Chanson censurée pour raisons institutionnelles] :-)

Le capitaine : Hé les gars ! La table est prête , bougez vos fesses. Voilà la soupe ! ! ! 

 

Scène 2

Quelques officiers, Raoul, le cycliste.

Plus tard, lorsque tous les officiers sont à table.

Un officier : Hé , regardez qui vient d'entrer.

Raoul (s'exclamant): C'est un cycliste, il doit vendre des journaux !

L'autre : Bon dieu! Mais qu'est ce qu'il fait là ? regarde ! Il s'approche du capitaine.

Le cycliste traverse la pièce et se place en face du capitaine.

Le cycliste (s'adressant au capitaine)  : Pourrais-je, mon capitaine, placer mes journaux chez vous ?

Le capitaine (fixant l'homme) : Comment se fait-il que vous n'êtes pas dans votre secteur, mon ami ? Les affaires ne vont pas chez vous ?

Le cycliste (répondant cordialement): Voici, mon capitaine. J'ai acheté ce matin beaucoup trop de journaux. Il m'en reste comme vous le voyez. Alors j'ai demandé à mon commandant de pouvoir retourner par ici au cas où vous voudriez bien, mon capitaine, me permettre de liquider mon stock. J'ai des revues qui vous intéresseraient, je crois.

Raoul se lève.

Raoul : Faites voir.

Le cycliste (en lui en tendant quelques-unes) : J'ai pas mal de revues en tous genres , Le Crapouillot, Le Canard Enchaîné , etc.

Un autre : Attendez qu'on se serve d'abord !

Le capitaine : Maintenant, dit-il, vous pourrez certainement placer le reste sans courir loin. Les hommes soupent; ils vous achèteront volontiers.

Le cycliste (ramassant ses journaux) : Merci beaucoup capitaine.

Un officier : Georges, apporte un verre à ce brave homme, il l'a pas volé.

Le deux hommes trinquent.

Le cycliste : Merci pour ce verre. C'est très généreux de votre part mais je dois vous laisser maintenant. Au revoir.

L'officier : Au revoir !

 

Scène 3

Le cycliste, des officiers, un lieutenant.

A quelques mètres de là, dans une autre cantine.

Les hommes jouent aux cartes et mangent. Le cycliste entre.

Un officier : Tiens v'là un cycliste avec des journaux  Hé, Jean, rends moi mes cartes ! ! !

Le cycliste s'approche du lieutenant.

Le cycliste : Bonsoir mon lieutenant, comme vous le voyez j'ai quelques journaux qu'il me reste à vendre, mon commandant m'aillant donner sa permission, pourrais-je les vendre ici .

Le lieutenant le regarde longuement en silence, il se lève.

Le lieutenant : Attendez, mon ami vous pourrez vendre vos journaux, mais je dois d'abord vérifier vos dire après de votre commandant.

Le visage du cycliste se durcit.

Le cycliste(froidement) : Ce n'est pas la peine. Voici mes papiers, je suis, monsieur, Officier Bavarois dans la tranchée d'en face .

Tous les hommes se turent.

Le lieutenant : Bien, officier amenez cet homme aux cellules.

Deux hommes s'approchent du cycliste, l'attrapent et sortent avec lui de la cantine

 

Scène 4

Un homme, le cycliste, des officiers, des paysans, des soldats.

Un homme entre dans la cantine.

L'homme : Mon lieutenant, venez vite voir c'est le cycliste avec ses journaux. Ah ! je vous promets qu'il a perdu le sourire, venez VITE ! ! ! !

Plusieurs hommes sortent.

L'homme :regardez ! ! ! c'est notre marchand qui s'en va le tête basse entre deux hommes baïonnette au canon .

Un homme : Eh, dis donc, vieux, faut pas t'en faire on les aura, les Boches !

Un officier : Attends donc d'être fusillé pour prendre un air de cadavre.

Un autre officier : Dis donc, toi le cabot, où que tu l'emmènes ton boche ? Tu pourrais pas l'étriper tout de suite, pour qu'on voie ce qu'il a dans le ventre? Il a avalé de nos secrets; faut qu'il les rende.

Un paysan: Ah! c'est pas moi, voulais acheter sa camelote. Son air ne me revenait pas. C'est tout de même vrai que les Boches ont pas la g... comme tout le monde. Mais il faut savoir regarder.

Un soldat : Dis-moi l'ami où s'est-il fait prendre ?

L'homme : A la compagnie d'à coté au nord.

Un soldat : Ah ! si au moins on en avait plus des hommes comme ça chez nous. C'est pas un Boche, celui-là, mon lieutenant; c'est un homme !

Julien