TRAVAUX D'ECRITURE EN FRANCAIS
les points de vue narratifs - la transposition au style indirect


Le travail qui suit a été réalisé en module par une classe de Première Economique et Sociale (1ère E.S 3), avec le professeur de Lettres M. Lucien BAROU, au second trimestre 1997-1998, sur trois séances d'une heure :

1ère séance : présentation des points de vue ou focalisations + début de l'écriture par tandem

2e séance : suite et fin de l'écriture

3e séance : présentation des textes à voix haute et choix par les élèves des meilleurs textes, avec repérage collectif des infractions éventuelles à la règle du jeu d'écriture.

 

La classe comportant 36 élèves, donc constituant des modules de 18, 9 textes ont été écrits dans chaque groupe : 2 en focalisation externe, 2 en interne, 3 en zéro, 2 en style indirect --> 4 ont été sélectionnés dans un groupe, 5 dans l'autre, par difficulté à départager deux focalisations zéro l'une a choisi un narrateur extérieur à l'action, l'autre un narrateur prenant part à l'action. Les tandems sélectionnés ont été invités à dactylographier ensuite leur production.

Conseil aux collègues : prévoir un rappel préalable des principes élémentaires de dactylographie

alinéa, espacement après un signe de ponctuation, justification...

une vérification de l'orthographe !

Ces versions réalisées au traitement de texte ont été ensuite photocopiées pour tous les élèves de la classe.

Le texte ayant servi de base à tous les travaux d'écriture est un court extrait d'un entretien réalisé en novembre 1987 par le professeur avec un combattant de 1914-1918, M. Marius GUINAND, agriculteur retraité, né le 24 octobre 1890 à Sorbiers, près de Saint-Etienne. Le témoin raconte les circonstances dans lesquelles il a été gravement blessé au cou et à la mâchoire. Cliquer ici pour consulter le témoignage d'un poilu

 

I) Point de vue (ou Focalisation) externe

II) Point de vue (ou Focalisation) interne

III) Point de vue omniscient ou Focalisation zéro

IV) Association des trois points de vue en un texte unique

V) Transposition au style indirect

VI) Bilan de l'expérience

 

I) POINT DE VUE (ou FOCALISATION) EXTERNE

Principe * : "Les événements, les lieux, les personnages sont vus de l'extérieur. La subjectivité est absente. Les faits sont enregistrés de façon neutre et objective. Le lecteur ne dispose que de ces éléments".

* définition empruntée, comme les suivantes à l'ouvrage "Les technique littéraires au Lycée" de Claude ETERSTEIN et Adeline LESOT, éditions HATIER, p 134


Texte 1

14 Décembre 1915. Sous des avalanches de balles et d'obus, certains soldats de la 73ème compagnie de Roanne tentaient de se dissimuler derrière les arbres et les fourrés. A chaque danger, les hommes s'aplatissaient, Marius Guinand, un jeune soldat, observait son lieutenant dans l'attente sans doute de la stratégie à adopter.

Soudain, il s'écroula sur le lieutenant qui tentait de le soutenir. Couverte de sang, la main du soldat serrait son cou. Le lieutenant lui conseilla alors : " Reste pas là, tu vas voir, ils vont attaquer, ils vont t'achever ." Puis, sur la demande du soldat, le lieutenant le délivra de son imposant équipement . Et, lui répéta une nouvelle fois : "Il faut vite t'en aller, il faut pas rester là !"

Marius lui demanda alors : "oh bon, tu m'emmènes" et parut désemparé lorsque le lieutenant lui répliqua : "Non, je peux pas t'emmener, tu sais bien ce qu'on a dit." Sans doute, un ordre donné de la veille par leurs officiers car Marius lança d'une voix désespérée : "Ah ! Oui !" puis retomba à terre. Mais le lieutenant le tirait toujours quand éclata la balle dans sa mâchoire, arracha les dents et déchira sa joue, défigurant ainsi Marius. D'autres soldats observaient la scène choqués mais leur devoir les obligeait à continuer à avancer. Le soldat , figé à terre, semblait rester conscient.

Magali FAVIER
Céline DUFOUR

Texte 2

Tout commença dans un déluge de feu et d'acier. Les Allemands étaient debout dans les tranchées, en train de tirer alors que les poilus guidés par un lieutenant, avançaient dans les fourrés. Certains se cachaient derrière les arbres. Puis d'un coup, ils plongèrent à terre en raison d'un tir fourni des Allemands, qui déchiquetait tout sur son passage. L'un des poilus reçut une balle : un filet de sang jaillit de son cou. Mais la balle n'avait sans doute pas sectionné la carotide car il s'agitait encore. Alors qu'il était à terre, un homme en rampant s'approcha de lui et l'agrippa. Après une courte discussion, où il lui dit de ne pas rester ici, le blessé qui était horriblement mutilé au visage : une partie de sa joue pendait, se releva et s'efforça à grande peine de quitter le champ de bataille.

Laurent MALLARD
Christophe SOULIER

"Le récit et la description passent par le regard et la conscience d'un personnage. Le lecteur partage ses perceptions, ses émotions, ses pensées. Ce point de vue lui permet de comprendre le personnage de l'intérieur et favorise le phénomène d'identification".

Précisons :

- qu'il s'agit d'une narration à la troisième personne et non à la première

- que le point de vue interne multiple a été admis (investissement par le narrateur de deux ou plusieurs personnages successivement, sans tomber dans l'omniscience !)

Texte 3

Soixante dix ans après, Jean raconte l'histoire de son ami Marius: "Les Boches étaient debout dans ces tranchées si étroites que les soldats ne pouvaient pas s'y tourner . Ils nous tiraient dessus comme ils l'auraient fait sur de vulgaires volailles. Le capitaine avait été tué la veille, depuis c'est le lieutenant qui avait pris sa place - lui au moins, il avait le mérite de nous accompagner dans les attaques, à l'inverse du capitaine. On avançait pour aller se cacher derrière les arbres et c'est là que tout est arrivé. Une balle est entrée dans son cou sans lui couper la carotide (lui, il appelait ça la "grande artère"). Pendant qu'il se saignait, le lieutenant le tenait en lui disant de ne pas rester là, qu'ils allaient attaquer. Marius lui a demandé de l'emmener mais à cause de la discussion de la veille, il n'a pas voulu ; c'est vrai, la veille, les supérieurs avaient défendu de s'occuper d'un blessé car ils étaient devenus trop nombreux. Pourtant Marius n'était pas prêt : ce délai pas son heure. La balle lui avait touché la mâchoire et elle avait tout éclaté : la bouche, les dents, tout était parti. C'est là que je l'ai porté mort."


Ludivine CHANAVAT
Audrey JUBAN


Remarque : le point de vue narratif est ici complexe, car il sagit d'un narrateur dans l'action racontant à la première son histoire commune avec Marius --> la prédominance du discours estompe quelque peu la focalisation interne (du narrateur Jean dans l'esprit de Marius)

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II) POINT DE VUE (ou FOCALISATION) INTERNE

Texte 4

Les Allemands étaient debout dans les tranchées. Les soldats français tiraient en évitant de penser aux conséquences. Leur pauvre capitaine avait été tué la veille, et c'était le lieutenant qui avait pris le commandement. D'ailleurs, la plupart des soldats le trouvaient bien gentil car il marchait comme eux. Certains avaient le courage d'avancer dans les fourrés tandis que d'autres, peureux, se cachaient derrière les arbres. En ce qui le concerne, Marius préférait s'aplatir puis attendait impatiemment l'ordre du lieutenant qui les obligeait à avancer ou à reculer. A ce moment-là, il fut frappé violemment par une balle. Après coup, celui-ci déclara : "Elle est rentrée là, au cou, heureusement elle a pas coupé la grande artère - elle a juste été entamée, mais pas coupée- je me saignais. Lui, courageusement, me tenait et je sais pas si je suis resté longtemps" Soucieux de sa survie, son copain de Sorbiers lui ordonna de partir rapidement craignant qu'il se fasse tuer. Sous la demande active de Marius, son copain lui ôta ses équipements et de nouveau, lui conseilla vivement de partir. Marius pria son copain de l'emmener, mais celui-ci refusa catégoriquement de peur de désobéir à la décision de la veille qui lui ordonnait de ne pas s'occuper des blessés étant donné leur nombre trop important. Alors que son copain le tirait sans relâche, Marius, compréhensif, retomba. D'ailleurs, Marius déclara avec certitude : "Ce n'était pas mon heure d'être tué." De plus, il ajouta sans répugnance : "La mâchoire a éclaté, ça a tout parti la bouche, les dents..." Quant à sa joue, celle-ci pendait de tout son long.

Son ami de Sorbiers, le voyant partir le visage ensanglanté, avait perdu tout espoir de le revoir un jour. En effet, celui-ci était porté mort.


Laetitia PELLET Maud SERAYET

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III) POINT DE VUE CONSCIENT OU FOCALISATION ZERO

"Ce point de vue ou focalisation correspond à une absence de focalisation.

La perception est illimitée. Le narrateur sait tout, il voit tout, il révèle le passé et l'avenir de ses personnages, leurs pensées. Le lecteur partage ce savoir. Ce point de vue lui donne l'impression de maîtriser toutes les données du récit." . Modèle : le point de vue de BALZAC, surtout au début de ses romans ( "Le Père Goriot". "Les Illusions perdues ").

Texte 5

Les Allemands étaient debout dans les tranchées et tiraient sur les Français. Le capitaine Sentenac la quatrième compagnie, tué la vieille, avait cédé sa place au lieutenant Lefébure qui désormais commandait la compagnie. Il manifestait une gentillesse exemplaire. Sur le terrain, il était toujours présent, prêt à aider se soldats, avec son allure fière et courageuse. Les soldats français marchaient dans la boue et à travers les fourrés, se cachaient derrière les arbres, s'aplatissaient, rampaient tout en suivant les ordres de leur modèle le lieutenant Lefèbure.

Marius Guinand, un des soldats de la deuxième section, prit une balle dum-dum dans le cou qui effleura la grande artère; il saignait beaucoup et son camarade Perrotin le retenait tout en lui conseillant de s'enfuir, de peur que les Allemands ne l'achèvent. Après quelques minutes, Marius, ayant repris ses esprits demanda à Perrotin de lui retirer ses équipements qui pesaient plus de vingt kilos. Son ami exécuta demande et lui recommanda de partir. Le brave Marius lui supplia de l'emmener mais Perrotin, très discipliné refusa en expliquant que l'ordre donné était de ne pas s'occuper des blessés car leur nombre était trop important. Marius comprit, mais sa mâchoire déchiquetée et ensanglantée le faisait souffrir. En effet, son visage était à moitié arraché. Sa blessure sera éternelle et il en garda le souvenir amer toute sa vie. Son camarade de tranchées de Sorbiers pensa qu'il n'interdit pas loin; ainsi Marius fut porté mort, ce qui se révèle faux. Le soldat Guinand allongé à trente mètres de la bataille, entendait les balles de Lebel et de Mauser siffler au-dessus de sa tête.

Séverine TAVERNIER
Valérie SOLTYSIAK

 

Focalisation zéro avec narrateur extérieur

Texte 6

Marius était arrivé à la guerre avec son copain Jules alors qu'ils n'avaient que 24 ans. Ils venaient de Sorbiers. Ils étaient déjà mariés et Jules était même père de famille. Ces deux jeunes hommes n'imaginaient pas ce qui les attendait.

C'était le 21 juin 1916, Marius et Jules se trouvaient vers des fourrés face aux Allemands, alors que certains se cachaient lâchement derrière les arbres. Les ennemis tiraient depuis leurs tranchées. Leur capitaine, Jacques Foubord étant tué par un obus la veille, était remplacé par le lieutenant. Marius et Jules attendaient le signal pour avancer ou se retirer. Et le signal arriva, ils devaient reculer face aux ennemis trop nombreux. En entendant les balles siffler de plus en plus fort dans ses oreilles, Marius s'affola et partit en courant imprudemment. "Ahhh!" Une balle l'avait touché. Elle était entrée dans le cou et avait entamé la carotide. Le sang coulait à flots. Jules le tenait. Ils étaient couverts de sang. Marius ne devait pas rester là, il risquait d'être achevé si les ennemis avançaient. "Enlève-moi mes équipements" lui demanda-t-il faiblement. Jules, affolé par l'état de son ami, l'imaginait déjà mort et se voyait déjà en train d'annoncer la nouvelle à Mariette, sa femme. Dans sa tête, c'était pour lui la dernière volonté de Marius. Il avait tort. Sa dernière volonté pour le moment était qu'il le ramène au camp. Mais il ne pouvait pas, il n'en avait pas le droit. Depuis la veille, les soldats avaient ordre d'abandonner les blessés bien trop nombreux. Trop d'hommes s'occupaient des blessés pendant que les autres se battaient courageusement. Marius se laissa alors retomber. Mais Jules le tirait toujours. Jamais il ne se serait pardonné d'avoir abandonné son meilleur ami. Il ne devait pas mourir maintenant, ce n'était pas possible. Puis quand la balle eut touché la mâchoire, elle éclata. La bouche, les dents, la joue, tout éclata. D'ailleurs sa joue pendait, laissant encore mieux percevoir le désastre. Quand Jules le vit s'en aller, il se dit- "Tu n'iras pas loin Marius". Il avait été porté mort. mais il ne l'était pas. D'ailleurs lorsque Marius revit Jules quelques jours plus tard, il lui dit: "Tu vois Jules, j'craignais rien, c'était pas mon heure ..."

Anne-Sophie BARALON
Aline BERTHELOT

Focalisation omnisciente avec le narrateur dans l'action

Texte 7

Les Boches étaient debout dans les tranchées... Ils tiraient... Le capitaine Martin avait été tué la veille d'une balle dans la tête, dans une offensive qui a fait une vingtaine de morts et dix-huit blessés graves ; mais le lieutenant Derville, de la troisième compagnie, avait pris le commandement. Il était bien gentil, il marchait avec nous. On avançait, les Boches étaient cachés derrière les fourrés, derrière les arbres, ils étaient partout et pour nous camoufler, nous rampions à terre. Nous regardions si le lieutenant nous disait d'avancer ou de reculer, car nos vies étaient entre ses mains : les Allemands se rapprochaient de plus en plus. Soudain, j'entendis un cri strident : c'était Marius. Sa joue droite était en sang, elle pendait; une balle était rentrée là, la grande artère était touchée mais heureusement pas coupée. Marius s'écroula de douleur. Dans ce moment de douleur intense, pris entre la vie et la mort, sa dernière motivation de survivre était le bonheur passé et à venir avec sa femme et ses enfants Dans un dernier souffle de conscience, il me demanda de lui enlever ses équipements, ce que je fis, et de le rapatrier dans les tranchées arrière. Mais deux jours avant, le capitaine nous avait formellement interdit de ramasser les blessés parce que d'autres en profitaient pour échapper aux offensives et surtout à la mort. Les blessés étaient donc de bonnes excuses. La balle avait donc touché la mâchoire, la douleur était devenue insupportable, sa joue avait été arrachée, sa bouche, ses dents, tout avait éclaté. Il était parti. Je le secouais, je lui parlais, mais rien n'y faisait. Le devoir m'appelait, je devais retourner dans l'offensive. Le lieutenant hurlait, ils avançaient; je le laissai, gisant au milieu de dix autres cadavres ne sachant si je le reverrais un jour.
Plus tard, il reprit ses esprits, ne sachant pas combien de temps il était resté à terre,
inconscient. Il était seul, nous l'avions fait porter mort. Il se releva avec peine sans savoir
où il allait . Il savait juste qu'il se dirigeait vers l'arrière. Il ne sentait plus sa blessure, il
avait froid et voulait rentrer. Ce n'était pas son heure.

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IV) ASSOCIATION DES TROIS POINTS DE VUE EN UN TEXTE UNIQUE (avec dissociation typographique proposée par le professeur)


Pour mieux faire apparaître les différences entre ces trois points de vue, le texte suivant les intègre tous les trois en les différenciant par les caractères typographiques :

l/ focalisation (point de vue) externe : caractères normaux

2/ focalisation (point de vue) interne = ici double (celui du blessé, Marius, et celui du lieutenant qui le soutient et le conseille) : caractères en italiques

3/ focalisation zéro ou point de vue omniscient : caractères en italiques soulignés

- Cas particulier : phrase pouvant relever soit du point de vue interne, soit du point de vue omniscient : caractères en italiques gras

- Remarques :

a/ comme le précisait la consigne donnée, le narrateur est le romancier, il ne se confond pas avec un des personnages

b/ comme les bribes du texte en focalisation externe sont souvent éloignées l'une de l'autre, le sujet (Marius, le lieutenant) est repris, alors qu'un pronom suffirait si le texte était continu.

Texte 8

Marius s'était aplati avec ses camarades et regardait le lieutenant Méréville en quête d'ordres : fallait-il avancer ou reculer ? La mort du capitaine Marchand, la veille avauit semé le chagrin et le désarroi, mais les hommes faisaient confiance à leur nouveau chef. A ce moment, Marius reçut une balle au cou/ : le sang gicla/ qui faillit lui sectionner la grande artère / la carotide. La balle avait été tirée un uhlan prussien abrité derrière un des rares troncs d'arbres encore debout, les arbres ayant été déchiquetés par l'intense bombardement des canons de 75 français qui avait précédé l'attaque des fantassins. Marius prit conscience qu'il allait se vider de son sang s'il ne pouvait être soigné. Le lieutenant lui porta assistance / Il était très proche de ses hommes et savait s'en faire aimer, lui l'étudiant parisien aux manières distinguées qui n'avait jamais côtoyé jusque là ces rudes paysans aux accents rocailleux venant des diverses provinces françaises. Marius ne sait pas combien de temps il était resté semi-inconscient. Il entendit le lieutenant le presser de quitter le champ de bataille : / et l'avertit du danger : "Reste pas là ! Tu vas voir, ils vont attaquer, ils vont t'achever !" En effet, les bruits couraient que depuis la dernière grande offensive de Champagne qui leur avait infligé d'énormes pertes, les Allemands ne faisaient pas de quartier et achevaient les blessés. Le blessé demanda alors au lieutenant de lui enlever ses équipements. Marius voulait se délester de son sac à dos, de sa gamelle, de sa cartouchière, de sa musette à grenades, car il se sentait faible et n'aurait pu marcher ainsi harnaché. Le lieutenant s'exécuta, non sans l'avertir de nouveau : "Il faut vite t'en aller ! Ne reste pas là ! Alors Marius demanda / hasarda une suggestion qui était une supplication adressée au jeune chef. " Eh ben, tu m'emmènes". C'était ce que craignait le lieutenant qui, placé devant le cruel dilemme de devoir choisir entre la discipline militaire et l'humanité, lui répondit : " Non ! Je peux pas t'emmener ! Tu sais bien ce qu'on a dit !" : Marius ne le savait que trop ! En effet la veille, le colonel avait relayé auprès de tous les officiers, qui l'avait transmise à leurs hommes, la consigne impérative du Haut Etat -Major : Défense absolue à tout soldat de porter secours à un blessé pendant toute la durée de l'attaque ! Les généraux voulaient ainsi éviter d'affaiblir la force offensive en dégarnissant les rangs de l'infanterie, déjà décimée par les trop nombreux blessés, et ôter aussi tout prétexte aux soldats valides pour se soustraire aux dangers de l'attaque. Le lieutenant avait, la mort dans l'âme, informé ses hommes de l'ordre inhumain qui n'allait pas manquer, pensait-il, de susciter de vives réactions, voire une révolte : ne pas secourir les blessés ! Marius se souvint confusément de l'amertume qu'il avait ressentie, et voilà qu'aujourd'hui c'était lui qui était la victime de la nouvelle consigne ! Il comprit le refus du lieutenant. Marius ne put que répondre "Ah oui !" et il retomba, sans doute à demi inconscient. Le lieutenant continua à le tirer sachant qu'en faisant cela, il désobéissait déjà aux ordres de ses supérieurs. Mais la guerre ne serait-elle pas encore plus atroce si on en bannissait tout geste fraternel ? Puis Marius parut émerger de sa torpeur. Il n'était pas mort! Décidément, ce n'était pas son heure d'être tué ! Les simples soldats découvraient ainsi, devant les aléas de la guerre, un sens de la destinée qui les rendait fatalistes ou résolument optimistes. A quoi tient la vie ? A quoi tient la mort ? Le blessé mit la main à sa mâchoire : la balle était rentrée par le cou et, quand elle avait touché la mâchoire, elle avait dû éclater, comme en témoignait le trou béant, sanguinolent, laissé par la joue pendante, et l'absence de plusieurs dents, à qui y regardait de près. Ce devait être une de leurs fameuses balles dum-dum, balles explosives qui faisaient des ravages...

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V) TRANSPOSITION AU STYLE INDIRECT

L'exercice, plus facile dans son principe, mais faisant appel à des qualités d'écriture indéniables, vise à passer du style direct impliqué par la nature originelle du texte de base (un entretien = un discours) au style indirect impliqué par sa nature d'arrivée (un réçit dénué de dialogue).

Texte 9

Ils étaient debout dans les tranchées et nous tiraient dessus. Comme notre capitaine avait été tué la veille, le lieutenant avait pris le commandement. C'était un gentil homme qui marchait comme nous. Nous avancions dans les fourrés et certains se cachaient derrière les arbres. Puis on s'est aplati ; et pendant que je regardais si le lieutenant disait d'avancer ou de reculer j'ai pris une balle dans le cou qui m'a coupé la grande artère. En réalité, elle
n'était pas vraiment coupée, elle était seulement entamée. Je saignais beaucoup. Un
soldat me tenait, mais j'avais perdu la notion du temps. Alors il m'a dit de ne pas rester à cet endroit, car les Allemands allaient attaquer et ainsi m'achever. Je lui ai alors demandé de m'enlever mes équipements. Il exécuta ma requête et me dit que je devais vite partir. Je lui demandai alors de m'emmener comme il l'aurait fait la veille, malheureusement les ordres lui interdisaient de s'occuper d'un blessé, parce qu'ils étaient trop nombreux. Je compris puis je suis retombé. Cependant il continua de me tirer. Ce n'était pas mon heure d'être tué. La balle qui était entrée dans ma mâchoire avait tout éclaté : la bouche, les dents... Et la joue pendait. Alors mon copain de Sorbiers a pensé que je ne resterais pas longtemps en vie. C'est pourquoi j'ai été porté mort.

Gilbert BASTIN
Romain DURAND

Style direct

Texte 10

Les Boches étaient debout dans les tranchées, ils tiraient. Comme le capitaine avait été tué la veille, le lieutenant avait pris le commandement; il était bien gentil, d'ailleurs il avançait avec nous face à l'ennemi.

Certains d'entre nous se cachaient derrière les arbres pour éviter les balles, tandis que d'autres se couchaient au sol. Je regardais si le lieutenant nous disait d'attaquer ou de nous rabattre vers nos tranchées. Malheureusement, j'ai reçu une balle dans le cou. Elle n'a pas coupé la grande artère, elle l'a juste entamée. Je ne sais pas combien de temps je suis resté ainsi, mais un soldat en me soutenant, me conseilla de ne pas rester sur le champ de bataille. Il m'affirma que les Boches allaient attaquer et que je ne leur résisterais pas. Je lui ai demandé de m'aider à me débarrasser de mes équipements. Alors il m'a tout enlevé et m'a répété encore une fois de m'en aller au plus vite. Je le suppliai de m'emmener avec lui, mais il me rappela les ordres qui nous avaient été donnés la veille par le lieutenant : il ne fallait pas s'occuper des blessés, car ils étaient trop nombreux. En me souvenant de cet ordre, je perdis connaissance. Malgré les dégâts causés par cette balle au niveau de ma mâchoire, ce n'était pas mon heure de mourir. Mon camarade me traîna, malgré l'état dans lequel j'étais. Le copain de Sorbiers, après ce drame, m'avoua qu'il ne pensait pas que j'allais survivre. D'ailleurs, j'avais été porté mort.

Séverine MASSON Emilie PETIT

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VI)
BILAN DE L'EXPERIENCE

Un travail qui a intéressé les élèves, qui a créé une belle émulation entre eux, leur a révélé leurs qualités littéraires, et leur a montré l'infinie variété stylistique des écritures à partir d'une base commune...

Qu'en pensez-vous, chers Collègues internautes de l'académie de Lyon et d'ailleurs ?

Amicalement

Lucien BAROU

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