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Allemand - Le voyage en Autriche à Vienne ? Une énigme policière

Publié le lundi 8 juin 2009
Modifié le 5 mai 2017


Voyage en Autriche à Vienne : roman policier
Une nouvelle écrite par Thibaut Hunckler ou une façon originale de nous raconter le voyage...
Les meilleurs textes des élèves sur le voyage ont été récompensés. La nouvelle qui suit mérite la lecture...
 
Il y a des légendes que les Hommes inventent afin d’émerveiller les enfants, et il y en a d’autres qui se forgent d’elles-mêmes de par des aventures pleines de rebondissements vécues par des héros charismatiques et courageux. Des héros à la destinée époustouflante contrairement à ce que tout le monde pouvait penser. Et puis il y a d’autres légendes qui restent à tout jamais plongées dans le néant. C’est le cas de celle là, que je vais tenter de faire renaître de ses cendres, aussi inconnue du grand publique qu’elle a marqué la vie de nos jeunes adolescents (et moins jeunes adolescents) qui l’ont vécue.
Cette légende m’a été contée il y a quelques années par un grand sage qui est une véritable mine de savoirs, notamment grâce à sa faculté de contrôler les battements de son cœur qui lui permet de vivre depuis maintenant quatre siècles, mais ceci est une autre histoire. Cette légende, m’a-t-il dit, est d’autant plus vraie qu’il y a lui-même participé, sans vantardise aucune, sage comme il était. Et même si ce qui va suivre est authentique, il ne m’a pas caché que quelques détails avaient échappé à sa mémoire depuis toutes ces longues années.
Ceci s’est passé il y a maintenant un peu plus de quatre siècles, alors que ce sage vertueux n’était encore qu’à la phase impétueuse de son adolescence. Ils étaient une cinquantaine d’adolescents de son âge et ils avaient découvert un étrange écrit sur lequel figurait une énigme pour le moins suspecte :

« Quitter vos terres il faudra,
Pour mettre la main sur un trésor qui vous tend les bras.
Sur les traces des anciens détenus,
Je veux vous faire découvrir la plus grande erreur humaine jamais connue.
Par un « M » commence le nom de votre destination,
Celle où il y eut tant d’abominations.
Une autre énigme vous attend là où celles-ci prennent fin,
Lorsque le corps tiraillé quitte ces lieux de chagrin. »

Conscients du trésor qui les attendait, et tous leurs rêves ainsi pouvant être réalisés, les adolescents décidèrent d’en parler à leur professeur d’histoire afin d’en apprendre plus sur cette fameuse destination. Doué d’une connaissance irréprochable en la matière, ce ¬
professeur avait par ailleurs un goût prononcé pour les rails et tout ce qui se déplaçait dessus, bien que ceci ne l’aida guère à trouver cette dite destination.
- Mauthausen, en Autriche ! devina le professeur, tout semble indiquer ce lieu chargé d’histoire. C’est ici que fut bâti un des plus grands camps de concentration nazi. Plus d’une centaine de millier d’hommes et de femmes y ont trouvé la mort, sous prétexte qu’ils appartenaient à une sous race ! C’est un véritable génocide qui a eu lieu là-bas. Nous y rendre en mémoire de ceux qui y ont souffert est quelque chose de très important ; ainsi – trésor ou non - je me porte volontaire pour me joindre à vous, et ainsi en profiter pour vous faire une visite historique de cet horrible camp.
Forte d’un membre de plus, la troupe s’empressa d’aller demander assistance à la professeure d’Allemand: un interprète pouvait être le facteur susceptible d’assurer leur réussite sur les terres Autrichiennes. Celle-ci ne s’en sentit plus de joie, « peut-être devraient-ils aussi se rendre à Vienne ! » pensait-elle.
On pensa même à inviter le professeur de mathématiques pour aider à résoudre les prochaines énigmes qui pouvaient suivre. Celui-ci en profita pour inviter un ami par la même occasion.
Restait maintenant à convaincre le lycée de laisser ces joyeuses troupes partir en cavale à la recherche du trésor. C’est une femme au demeurant très sympathique et ayant des responsabilités au sein de l’établissement qui s’en chargea, en échange de quoi elle pourrait elle aussi participer à l’excursion.


C’est ainsi qu’ils se dirigèrent en direction de l’Autriche. La route parut courte malgré la distance, l’ambiance résidant dans le car y étant nécessairement pour quelque chose. Partis en soirée, ils arrivèrent le lendemain matin devant les hauts murs du camp de Mauthausen. L’ensemble était imposant et terrorisant. Les tours où étaient nichés les miradors autrefois dominaient les lieux. Le temps maussade et le vent particulièrement frais convenait parfaitement à l’ambiance et la personnalité que dégageait ce camp. Les briques ternes se confondaient avec le ciel couvert. Les nuages semblaient s’être affaissés, rendant l’atmosphère lourde et dense. Emmitouflés dans leurs épaisses couches de vêtements, adolescents et accompagnateurs entrèrent dans les lieux mornes dans une cour où étaient enfermés des détenus, telles des bêtes sauvages et sans âme. Ils grelottaient malgré leurs vêtements, mais ils se forcèrent à l’ignorer en se disant bien que les déportés eux étaient en pyjama en attendant la mort ! Personne ne parlait sur ces terres de mémoires et de recueillement. Le professeur redonna vie à ces lieux où de nombreux hommes perdirent la vie. Même si l’ambiance parlait d’elle-même, de toutes les atrocités qui avaient eu lieu entre ces murs imprégnés d’horreur et de terreur. Ici, tout le monde relativisa ses petits soucis : on était en vie en bonne santé, habillé et bien nourri.
Le professeur fit ainsi visiter les lieux. Les adolescents découvrir avec effroi les escaliers de la mort, des marches autrefois tortueuses et volontairement mal bâties afin de favoriser les chutes mortelles. Les détenus les montaient chargés de rocher faisant leur poids – ridicule pour un homme, mais insupportable à déplacer surtout pour leurs faibles forces restantes -, fouettés ou tout simplement poussés en arrière ou du haut de la falaise par les tyrans nazis. Un travail épuisant et hautement mortel donc, notamment à cause de la sous nutrition que subissaient les détenus faibles et fatigués. Ils visitèrent également ce qui servait de chambre aux détenus, où ils dormaient entassés à l’image de sardines putrides baignant dans la maladie. L’endroit était austère et n’invitait guère au repos réparateur et vital. Ils visitèrent les prisons, d’où personne (ou presque souligna le professeur d’histoire) n’en sortait vivant. Puis, ils se rendirent dans le bunker, c’est là qu’ avaient lieu les « véritables » exécutions des détenus et des prisonniers. Une chambre à gaz, des cordes et des tables de dissection semblaient encore maculées du sang des innombrables victimes qu’elles avaient faites. Plusieurs fours servaient alors à faire disparaître les corps morts entassés dans une fosse.
« Lorsque le corps tiraillé quitte ces lieux de chagrin. »
L’esprit logique du professeur de Mathématiques partagea la même idée que les élèves : l’autre énigme se trouvait là.
Fin raisonnement.
Un des élèves s’empara d’un nouveau morceau de papier.

« Vers les plus grands morts,
Chercher ma suite vous n’auriez tort.
La beauté cache tous les trésors. »

Court mais concis.
La professeur d’Allemand ne tarda pas à comprendre de quoi parlait le message : Les tombeaux des membres de la famille impériale des Habsbourg. Il fallait faire route pour Vienne, dès le lendemain matin. Avant, ils dormiraient à Linz dans une auberge de jeunesse. Les élèves ont alors fini leur visite par un passage vers le mémorial Français. ¬
Tous les noms affichés, tous ces individus ayant subi le pire poussaient au respect et à l’émoi.
Le silence se fit comme entendre.

L’esprit vide de soucis, beaucoup ne purent réellement réussir à s’imaginer et à encaisser toutes les horreurs qui ont eu lieu ici, gravées à jamais, dans un lieu que les plus cyniques pourraient presque qualifier d’endroit digne de « camps de vacances », avec l’incroyable panorama qui s’offrait de cette colline. Les élèves et leurs accompagnateurs regagnèrent la chaleur et les sièges rassurants du car, à l’abri de la brise gelée et des coups de matraque et des cris raisonnant encore entre les hauts murs. Ils prirent la direction de Linz où ils regagnèrent l’hôtel de jeunesse dont parlait la professeur d’Allemand.
Le soir, ils en profitèrent pour visiter cette charmante petite ville, et furent ébahis de l’importance du réseau de tramways, un sentiment qui se confirma tout au long de leur périple par ailleurs.

Après une soirée mouvementée comme on peut l’imaginer avec des chambres occupées par des adolescents, et une nuit réparatrice, ils prirent la route pour Vienne. Ils firent cependant une halte à une entreprise autrichienne : Donau-Kanol. Dans cette usine, on s’occupait de fabriquer différents produits cosmétiques et d’entretien discount et bios. Après s’être fait reconnaître dans l’Europe de l’Est, l’entreprise prit racine en Europe de l’Ouest mais aussi aux Etats-Unis. Des chiffres hallucinants pénétraient dans leurs oreilles dans la langue de Goethe, que la professeur d’allemand se fit un plaisir de traduire. Une visite enrichissante bien que convenue du fait que c’est une « simple » usine et que beaucoup d’endroits restaient secrets…
Ils posèrent le pied à Vienne dans l’après-midi, tout le monde ne se sentait plus de joie. La capitale autrichienne avait pour atouts une propreté et une beauté exemplaire, mais aussi une richesse culturelle exceptionnelle. Un lieu chargé d’histoire et des bâtiments ramenant à des évènements importants dans l’histoire de l’Europe, notamment avec le balcon d’où Hitler fit ses premières déclarations en tant que chancelier. On visita la ville à pied, tous émerveillés par les hauts bâtiments de pierre parfaitement bien conservés, les jardins à la pelouse bien verte. Le soleil s’était joint à la partie et rendait la visite pédestre d’autant plus agréable.
Par simple curiosité, ils visitèrent une magnifique cathédrale puis se rendirent là où les attendait très certainement leur prochaine énigme : le musée où était exposé les tombeaux de l’ancienne famille impériale d’Autriche, les Habsbourg.

 

Une fois sur les lieux, les interjections de surprise et d’admiration se multiplièrent et s’intensifièrent tout au long de la visite. Les tombeaux étaient en effet plus beaux et finement réalisés les uns que les autres. Tous les membres de la famille impériale s’y trouvaient, leurs corps reposant dans le luxe. Les tombeaux s’embellissaient au fur et à mesure de la visite, repoussant toujours plus loin les limites de la beauté, de la finesse mais aussi des mesures. On atteignit l’apothéose devant le tombeau de l’impératrice la plus connue au monde : l’impératrice Sissi. Défiant toutes les lois de la sobriété, les dimensions du sarcophage étaient faites à l’image des dorures et des sculptures l’ornant : dantesque. Haut de plus de deux mètres, il était long de trois bon mètres et aussi large que haut. Toutes les mâchoires se déboitèrent sans exception : tant de beauté pour un être mort montrait bien l’amour porté par le peuple pour cette impératrice à le renommé mondiale, à la beauté fatale connue de tous.
« La beauté cache tous les trésors. »
Loin d’eux l’idée de profaner la tombe d’un mort, tous cherchèrent du regard un bout de papier reposant sur le chef d’œuvre. Ce fut le professeur de mathématique qui fut le premier à le trouver. Son esprit déductif et logique aidant, il avait eu l’idée de regarder plutôt en direction du tableau représentant l’impératrice, à quelques pas de là.
« Quelle douce idée de l’avoir emmené avec nous ! » pensèrent-ils tous dans le même élan d’enthousiasme et de curiosité.

« Jusqu’à maintenant, de finesse vous avez fait preuve,
Curieux je suis de savoir si vous réussirez la prochaine épreuve.
C’est au beau milieu de l’or
Que ma suite déjeune avec les couverts des morts. »


Cette énigme laissa tout le monde pantois, que ce soit à cause de la fatigue accumulée ou de la tournure dérangeante de la plume inconnue. Ainsi ils décidèrent de gagner une nouvelle auberge de jeunesse.
Dans la soirée, alors que les plus jeunes festoyaient dans leur chambre ou au bar, les professeurs se concertèrent pour résoudre l’énigme, on trouva finalement que la Hofburg, un musée exposant toute la vaisselle impériale, était le lieu de rendez-vous recherché. Ils le gagneraient le lendemain matin.

Les yeux des tous les visiteurs brillaient au travers des reflets de la vaisselle faite de porcelaine et d’or. Portes bougies, corbeilles de fruits, assiettes, couverts ou serviettes, tout inspirait le respect tant c’était beau et raffiné. Les formes obtenues à l’aide des serviettes de table obligeaient très certainement les convives de la famille impériale à ne les toucher qu’avec les yeux. Les peintures sur la porcelaine et la finesse des sculptures en or pouvaient rendre n’importe quelle table anodine et délabrée la plus belle et la plus enviable.
Personne ne trouva ici un quelconque bout de papier jaunâtre contenant un quelconque nouvel indice ou nouvelle énigme. Ils poursuivirent leur visite par le musée Sissi Museum, où on en apprit plus sur la vie monotone de l’impératrice qui restera à jamais insatisfaite de la vie à la cour, bien trop ennuyeuse à son goût.
« Goût partagé » avait alors rajouté le vieux sage me contant l’histoire. Il trouvait également que la vie de tous ces individus était bien plus pénible et inintéressante que celle des pires mendiants de l’époque. Parenthèse mise à part, on trouva enfin, et avec un certain soulagement, la nouvelle énigme, délicatement déposée sur une table préparée comme elle pouvait l’être lors de dîners. Tous s’entassèrent afin d’assouvir au plus vite leur curiosité.

« J’espère que le dîner fut bon et que votre panse est pleine,
Car ma suite veut vous faire découvrir la richesse culturelle de Vienne.
D’un claquement de doigt
Ma suite vous rejoindra. »

Tous furent d’accord pour dire que la difficulté des énigmes allait croissant, de plus en plus brève, et de moins en moins précise et explicite.
« La richesse culturelle de Vienne. »
La formulation restait ambiguë aux yeux de tous. La richesse culturelle de Vienne étant diverse et importante, impossible de savoir précisément à quoi l’énigme faisait allusion. Ainsi, on décida de découvrir le maximum de choses en un minimum de temps, afin de s’assurer la réussite.

Ils visitèrent tout d’abord le Leopold Museum, musée bâti par ce fameux Leopold qui possédait un nombre incroyable d’œuvres, et qui avait donc décidé de le partager avec tous par le biais d’un musée d’art. Les élèves et professeurs observèrent avec fascination différentes œuvres de Klimt et de Schiele. Des artistes majeures dans l’art nouveau, à la recherche de nouvelles limites, brisant les tabous sur la sexualité, la vieillesse et la mort. Des tableaux plus ou moins dérangeants et plus ou moins beaux et raffinés ornaient les murs du musée. Tous avaient le mérite de dégager une personnalité très forte, si ce n’est exclusive, totalement unique.
Puis on se dirigea vers l’œuvre grandeur nature de Hundertwasser. Cet artiste à part avait pour ambition – très louable d’ailleurs – de rendre le monde plus beau. Il put faire alors bâtir avec l’accord de la ville de Vienne, des bâtiments pour le moins étonnants. En effet, cet homme pensait que le monde et les structures bâties par l’homme était trop monotone, codées par des lignes droites ou encore par une symétrie trop parfaite pour être vivable. Ainsi, les murs, et les sols de ses bâtiments étaient courbés, tout comme les marches d’escaliers. Les couleurs étaient vives et chaudes, tout respirait la fraîcheur. La simplicité de l’imparfait et la complexité de l’esprit créatif se retrouvaient imprimées sur chaque mur, sur chaque fenêtre différente de celle à ses côtés. Ses œuvres habillaient les murs difformes et donnaient vie à leurs courbes. Hundertwasser voulait également que l’Homme cesse d’aller contre la nature, mais plutôt qu’il soit en harmonie avec elle. Il avait ainsi créé une usine transgressant les normes des lignes droites - se démarquant ainsi moins de la nature l’entourant -, mais surtout un immeuble traversé de part en part par un arbre immense, sans parler des innombrables maquettes qu’il avait faîtes, représentant le monde parfait selon lui. Et à en juger de la passion palpable du sage lors de son récit à cet instant, nul doute qu’il partageait son point de vue. Si personne ne mit la main sur l’énigme qui devait suivre, cette visite les gonfla de bonne humeur et de légèreté, Hundertwasser avait réussi son pari, le monde paraissait plus beau grâce à ce qu’il avait pu créer de son vivant.
Finalement, en soirée, chacun s’habilla avec classe afin d’assister à un concert d’un orchestre de chambre, où violonistes, pianiste, chanteurs et danseurs égayèrent les oreilles et les yeux de nos héros et du public entier plus généralement. Bien que personne ne crût un seul un instant qu’une énigme puisse montrer le bout de son nez ici, tous se forçaient à croire à leur dernière chance de la journée, si ce n’est de tout leur périple.
C’est alors qu’un élève au premier rang eut une brillante idée, en se remémorant l’énigme lut plus tôt dans la journée.
« D’un claquement de doigt »
Il n’hésita pas un seul instant et tenta sa chance. Il fit claquer ses doigts, assez fort pour que la danseuse l’entende. Celle-ci sourit en le regardant, puis une fois la chanson ¬
terminée, pendant que les applaudissements fusaient, la danseuse glissa discrètement sa main dans une poche puis lui jeta un bout de papier tout en saluant le public. L’élève lui rendit son sourire puis rangea le papier avant que quelqu’un ne s’en rende compte. L’acoustique aidant, les oreilles des spectateurs furent régalées de valses autrichiennes pendant encore une heure.

Une fois dehors, tout le monde salua l’élève héros de la fin de journée, chacun lut à tour de rôle la nouvelle énigme, sentant maintenant que le trésor était proche.

« Maintenant que vos oreilles sont ravies,
Il est temps de découvrir un autre univers.
Ce n’est pas le paradis,
Mais on y veille à ce que le monde ne devienne pas un enfer. »

A défaut d’avoir plus d’informations sur la prochaine destination, chacun y alla de sa propre réflexion. Ce fut le professeur d’histoire aidé de la professeure d’allemand qui lui assura l’existence d’un siège de l’ONU à Vienne, leur nouveau lieu de rendez-vous. Mais ce ne sera que pour demain, cette journée avait été riche et éprouvante, ce qui n’empêcha pas les adolescents de ne pas trouver immédiatement le sommeil, paraît-il…

L’énigme disait donc vrai, c’était véritablement un autre monde. Le siège de l’ONU de Vienne faisait partie des quatre grands sièges dispersés à travers le monde, et chacun avait son propre rôle : le siège à New-York abordait les problèmes de la sécurité, celui de Nairobi (au Kenya) de l’environnement, celui de Genève des droits de l’Homme et du citoyen, et le siège de Vienne s’occupait donc de l’énergie nucléaire, sous toute ses formes, centrales mais surtout bombes nucléaires, surtout avec les tensions qui existaient – d’après le sage – au début du vingt-et-unième siècle.
Tous les sièges de l’ONU n’appartiennent pas aux lieux où ils se trouvent, et celui de Vienne ne déroge pas à la règle. Ainsi, les lois en vigueur dans l’immense « campus » était celle établies à l’échelle européenne, et non celles autrichiennes. Tous furent étonnés d’apprendre que les deux langues obligatoires étaient l’Anglais mais aussi le Français.
Dans ces lieux sortis d’un autre monde se côtoyaient donc des individus de tous les membres de l’ONU, 192 pays à l’époque. Plusieurs caméramans et reporters défilèrent sous les yeux ébahis aussi bien des élèves que de leurs accompagnateurs. Ils eurent la chance d’observer une des salles de conférence, grande de ses quatre cents sièges. On leur expliqua que différentes langues s’y mélangeaient plus ou moins harmonieusement, d’où la présence de sièges pour des interprètes. Plus ou moins harmonieusement, car les mœurs diffèrent bien sûr d’un pays à l’autre, certaines blagues ne pouvant même pas être traduites. Le guide ne cacha pas une certaine hypocrisie qui logeait entre les sièges, avec des interprètes demandant parfois de rigoler à une soi-disant blague impossible à traduire, juste pour faire plaisir à son auteur. Anecdote finalement risible, mais aussi représentative des efforts à fournir afin de s’entendre et de vivre en harmonie.
A l’instar de l’importance d’un tel siège de l’ONU, tous les chiffres qui étaient en rapport avec celui-ci étaient exorbitants : 192 pays membres, un coût de construction de cinq cent quatre-vingt millions d’euros à la ville de Vienne, mais aussi des bénéfices de plus de deux cent millions d’euros par an pour la ville ! Bref, tous en prirent plein les yeux, notamment en s’extasiant devant une roche lunaire dont la NASA avait fait cadeau à l’ONU.
Ce ne fut qu’à la fin de la visite que l’énigme se dévoila, lorsque le guide la tendit à la professeure d’allemand en lui adressant un clin d’œil complice.

« Il paraît que mes grandes sœurs n’ont pas été très faciles,
C’est pourquoi je vais me montrer plus docile.
Vous, français, vous vantez du château du Roi Soleil,
Mais ma suite, elle, se trouve dans son pareil. »

L’énigme se trouvait en effet plus compliquée mais la professeure d’allemand devina presqu’ instantanément la prochaine destination à prendre.

Ancien foyer de François-Joseph 1er, la Schönbrunn était en effet une copie autrichienne du palais de Versailles : grandes pièces, grands lustres, peintures impressionnantes aux plafonds et cour dantesque, tout y était. Beaucoup notèrent cependant que Louis XIV avait su voir les choses en bien plus grand et en bien plus imposant ; la Schönbrunn faisait presque pâle figure en comparaison. Ce fut une des élèves qui aperçu l’énigme la première, sur la table de travail de François-Joseph 1er, lui qui était si studieux et bourreau de travail, qu’il se levait chaque jours à cinq heures du matin pour ne finir ses journées qu’à minuit ou deux heures du matin, vivant petit à petit dans un milieu de plus en plus austère : lit ridicule en métal, simple bassine pour se laver etc. Ayant la délicatesse de ne pas toucher ce bureau, l’élève nota l’énigme sur un bout de papier qu’elle partagea avec le reste de la troupe une fois la visite terminée.

« Continuons la visite d’endroits majestueux,
Ma suite, dans la plus grande des abbayes d’Autriche, attend de voir sur elle se poser vos yeux. »

Une simple recherche sur Internet suffirait sûrement à résoudre cette énigme et trouver sa suite. On laissa donc les élèves se distraire à leur guise dans la ville, jusqu’à la fin de la journée.

Cela faisait maintenant plus de quatre jours que les aventuriers avaient posé les pieds en Autriche, lorsqu’ils pénétrèrent dans l’Abbaye de Melk. Je tiens personnellement à m’excuser auprès de vous chers lecteurs, pour ce qui est des détails concernant l’abbaye, car le sage lui-même eut bien du mal à me décrire les lieux, tant tout était démesuré, le plafond de l’église de l’Abbaye atteignant les soixante mètres ! L’or ornait et recouvrait toutes les sculptures murales, peintures et effets d’optique, tel deux miroirs face à face rendant l’espace infini, logeaient dans toutes les pièces. Le sage fut seulement capable de me décrire, avec une fascination certaine, la bibliothèque de l’Abbaye regroupant quelques milliers d’ouvrages, seulement ?!!
Ce fut près d’une statue près du Christ que se trouvait la nouvelle énigme.

« C’est là où neige et sel se mélangent en toute saison,
Que ma suite vous attend avec passion. »

Difficile de faire plus explicite : une mine de sel, suffisait de savoir où on pouvait en trouver une, un endroit où la neige perdure si possible.

 

Salzburg. Une ville qui doit son nom aux cristaux qui l’a rendu célèbre : le sel, Salz en allemand. Une mine de sel s’y trouvait, étonnamment… Malgré un accent sud américain prononcé et une prononciation (très) douteuse, le guide réussit tant bien que mal à se faire comprendre en français. Les élèves retiendront surtout la tenue blanche qu’ils portaient tels des moines fanatiques, mais aussi les jeux de lumières sur les eaux très denses en sel, ainsi que la dernière énigme que la mine leur offrit généreusement.

« Votre périple va bientôt prendre fin,
Ce que vous cherchez se trouve dans le château de la famille s’enrichissant du sel fin. »

La journée était déjà bien avancée et on regagna une auberge de jeunesse à Salzburg même, avant que certains d’entre les voyageurs n’aillent visiter cette magnifique petite ville.

Lorsque le soleil se leva et éclaira ce qui semblait être le dernier jour à passer en Autriche pour nos compagnons, ceux-ci partageaient un sentiment de vide et de déception de bientôt retourner sur leur terre, mais aussi un sentiment d’impatience dû à la curiosité de découvrir ce fameux trésor. Ils se rendirent donc au château dominant tout Salzburg. La famille y vivant était celle à qui appartenaient les mines de sel, bien qu’aucun des membres de la famille n’y mis véritablement les pieds. Véritable forteresse surplombant les alentours du haut de sa colline abrupte, les lieux ne purent jamais être capturés. Le moment qui marqua apparemment les adolescents fut la vue incroyable qu’ils eurent du haut de la plus haute tour. Les hommes en contre bas semblables à de minuscules fourmis, les maisons à des graviers brillant sous un soleil flamboyant. La végétation s’étendait au loin sur les collines aux alentours, et une légère brise glissait paisiblement entre ses cheveux ; un moment fantastique. Lorsqu’il qu’ils quittèrent la forteresse, un homme au visage caché d’une grande capuche arriva à leur hauteur.. Il était là pour leur parler –enfin- du trésor.

A cet instant du récit du sage, je dois avouer que l’impatience qui habitait les différents individus m’avait envahit et je tremblais de tout mon corps. Ceci ne manqua pas de faire rire le sage :

- Alors, tu n’as toujours pas compris ? m’interrogea-t-il.
- --
- A propos de quoi ?! répliquai-je, surpris par sa question.
- Du trésor bien sûr. Que penses-tu que cet homme nous a offert ?
Je dus abdiquer, je n’en avais aucune idée. Je hasardai quand même :
- De l’argent ?
Ceci ne fit qu’attiser son fou rire.
- Bien sûr que non, le véritable trésor de l’histoire n’a rien à voir avec de simples rondelles de métal. La CULTURE mon grand, cet homme nous a fait découvrir de nouvelles choses à travers ses énigmes. Et la culture, il n’y a rien de plus important. La CONNAISSANCE permet l’échange des idées, ne l’oublie jamais. L’argent ne te rendra jamais véritablement intéressant et heureux, et il ne rendra jamais tes discussions plus riches…

Je suppose que vous partagez à cet instant la même surprise et le même désarroi si ce n’est la même déception que moi lorsque je l’appris. Le sage ajouta que cette frustration, tous les aventuriers la partageaient (même lui). Et lorsque nos adolescents -aventuriers repensèrent à ce qu’ils avaient vécu, à ce qu’ils avaient vu et découvert, ils comprirent le sens des paroles de l’homme à la capuche. Celui-ci proposa même de visiter ce qui fut l’appartement de Mozart afin de parfaire leur culture. Maintenant devenu un musée, ils en apprirent (encore) plus sur l’univers si particulier de Mozart : un artiste parmi les plus incroyables et les plus surprenants.

Plus riches que n’importe quel milliardaire, ils regagnèrent finalement la France, où ils purent observer les résultats de leur voyage : leurs sujets de discussion s’étaient enrichis, et ils purent partager de nouvelles connaissances avec leur entourage.
Quoi de plus important ? Je vous le demande.

 
>> Le voyage en quelques photos