INTERVENTION D'ANNE MUXEL,

chercheur au Centre de la Vie Politique Française - CEVIPOF-

le 07-03-97

(Notes ordonnées de et par Evelyne Oudart et Gérard Acker)

Plan :

Introduction

I. Les conditions actuelles du repérage politique

II. Le rapport des jeunes à la politique

1. Crise de la représentation politique

2. Implication des jeunes

3. Elections présidentielles de 1995

Conclusion


Le CEVIPOF est un laboratoire de recherche rattaché au CNRS et à la Fondation Nationale des Sciences Politiques qui s'intéresse à différents domaines :


Anne Muxel s'intéresse dans son travail plus particulièrement aux rapports des jeunes et de la politique, à la constitution de l'identité politique des jeunes dans la mesure où celle-ci présente certaines spécificités accompagnant la socialisation familiale (socialisation politique poids de l'héritage familial).

Ouvrage de référence à ce sujet :

Individu et mémoire familiale, Anne Muxel, Nathan, 1996

Dans cet ouvrage l'auteur adopte une démarche compréhensive.


Introduction :

Le problème :

Les jeunes d'aujourd'hui sont-ils différents de ceux du passé ? Ont-ils un comportement différent de celui des autres âges de l'électorat ?

Problème du rapport des jeunes à la politique.

Les jeunes de ce point de vue traversent une double crise : une crise structurelle et une crise conjoncturelle.

  1. Une crise identitaire constitutive de l'identité de la jeunesse. Les années de jeunesse sont un temps de constitution, de remise en question de réajustement. Temps où on va mettre à l'épreuve un système de choix et de pensée avec lequel on a pu grandir. La politique et la religion restent un noyau dur dans la transmission des valeurs. Cette identification est de plus en plus sujette à l'expérimentation. La famille est concurrencée même si cette socialisation familiale reste déterminante dans la construction de l'identité politique de l'individu.
  2. le contexte politique actuel : crise du politique et crise de la représentation politique. On est confronté de plus en plus à un vote contestataire qui révèle une inadéquation de l'offre politique. Ceci conduit à une crise d'adhésion, d'appartenance, de reconnaissance, liée à une plus grande difficulté d'adhérer à un système de pensée, de valeurs... brouillage des repères idéologiques.

Au travers de deux cohabitations et alternances politiques il y a semble-t-il une nouvelle donne caractérisée par une tripartition : gauche, droite et extrême droite.

.I. Les conditions actuelles du repérage politique :

Les années de jeunesse constituent un temps de moratoire politique. On observe un temps de d'attente pour s'inscrire sur les listes électorales par exemple et un abstentionnisme important des jeunes.

Aujourd'hui on est adulte plus tard (la trentaine ?). l'entrée en politique est un processus étroitement lié au processus d'insertion sociale.

Il y a une corrélation très étroite entre la compétence sociale objective/subjective et la compétence politique.

Les jeunes ont une difficulté d'accès au statut social et alors qu'autrefois sexualité et conjugalité étaient des seuils " initiatiques " aujourd'hui tout est beaucoup plus flou : les seuils sont moins lisibles et plus tardifs (entrée dans les statuts d'adultes).

Ainsi assiste-t-on à une confusion des statuts : la responsabilité juridique est toujours plus précoce, le droit de vote également mais en même temps les jeunes n'ont pas les moyens d'assumer cette responsabilité. Ils n'ont pas d'autonomie économique.

Les jeunes : quels moyens pour être citoyens ?

Il avait été procédé à une enquête sous le ministère Jospin à l'EN sur l'apprentissage du civisme au lycée. Cela avait donné lieu à une levée de bouclier des parents, enseignants...pour qui on n'avait pas le droit de parler de politique au lycée. Cette enquête avait du être annulée parce qu'il y avait des indicateurs politiques. L'école participe à cette contradiction relevée ci-dessus.

Les élections présidentielles de 1995 sont apparues incompréhensibles car on a là un homme de droite qui tient un langage de gauche et un homme de gauche qui tient des propos de droite...Le discours de Chirac sur la fracture sociale paraît antinomique avec l'idée de " libérer les forces vives "...brouillage des pistes : comment comprendre les enjeux qui divisent les deux candidats.

Discussion avec la salle :

Le débat porte sur les jeux et les enjeux : rôle de l'école et rôle des médias.

1. Par exemple on incrimine les " Guignols " mais :

2. Il faut donner les éléments pour que chacun puisse se déterminer en dehors de l'école, donner des grilles de lecture pour décrypter la réalité politique, faire émerger les enjeux.

Conclusion  de la première partie :

Pour faire des choix politiques, pour reconnaître une appartenance idéologique, pour signifier une affiliation partisane, il faut disposer de repères et mobiliser un certain nombre de ressources permettant de se situer.

.II. Le rapport des jeunes à la politique

.1.Crise de la représentation politique :

L'abstentionnisme se développe :

Présidentielles 2ème tour
197415,1%
198118,3%
198818%
199520,6%

Or le scrutin présidentiel est celui qui mobilise le plus les électeurs. Perte de confiance des citoyens par rapport à la classe politique. L'univers des politiques et celui des citoyens apparaissent comme deux mondes séparés.

62% pensent que la plupart des politiques sont corrompus.

72% pensent que ceux qui gouvernent ne se préoccupent pas des gens comme eux (59% en 1978).

Si on demande aux français adultes s'il serait grave de supprimer les partis politiques en 1995 : 4 sur 10 disent que non. Les jeunes sont encore plus catégoriques. Les politiques ne comprennent plus les citoyens et les jeunes encore moins : il y a une crise de confiance réciproque.

Les partis politiques eux-mêmes sont en crise, 3% des français en sont membres (une constante depuis 20 ans), 11% sont prêts à y adhérer. Cette attirance potentielle s'est effacée.

Les associations s'en tirent mieux : l'attirance la plus forte sur des jeunes provient des associations concernant l'environnement (60%), l'humanitaire (50%), les droits de l'homme (40%). Ces chiffres sont à comparer aux 11% d'adhésion potentielle aux partis politiques.

Ce discrédit touche également les leaders politiques : 35% seulement des personnes interrogées se considèrent bien représentées par un leader => crise de l'identification à un homme .

=> Brouillage des repères partisans et idéologiques par la cohabitation et l'alternance qui n'a pas offert de véritable alternative.

Les citoyens perdent leur confiance en l'idée que les hommes politiques peuvent améliorer les conditions de vie : on assiste à un véritable désenchantement politique.

Cette crise est profonde et complexe.

Déçus les citoyens développent des attentes pour des questions périphériques, catégorielles. Se développent les " coordinations " et des demandes nouvelles.

Cf. Les thèses développées par Ingelhardt sur les valeurs post matérialistes. Les préoccupations sont plus morales et privatisées mais reste une demande de réponse politique face à la crise : Cf. le chômage.

Un paradoxe : les clivages dans la société sont de plus en plus marqués alors que le politique présente consensus et pragmatisme (Cf. Pensée unique). Les attentes demeurent donc et chez les jeunes en particulier il n'y a pas disparition de l'espace politique.

Se pose le problème de l'alternative sociale et politique. Les français restent en attente de politique, ils conservent un capacité de mobilisation et on assiste à une déterritorialisation du raisonnement : les votes ne sont plus identitaires, ce sont des votes protestataires.

.2. l'implication des jeunes

Inscriptions différées sur les listes électorales : 9% des français ne sont pas inscrits, 25% des jeunes de moins de 20 ans et 14% pour les moins de 25 ans.

le type d'élections (présidentielles, municipales ou législatives).

L'insertion sociale : situation précaire ou chômage : 19% ne sont pasinscrits, il s'agit surtout de jeunes urbains peu diplômés.

Une fois inscrits, votent-il ?

=> ils votent moins que les autres, surtout les 20-25 ans

On conclut sur les effets croisés de l'entrée en politique et de l'insertion sociale.

.3. Elections présidentielles de 1995

95% des jeunes inscrits ont voté et il ont voté majoritairement Chirac (53%)contre 47% pour Jospin.

Ceux qui sont restés hors jeu sont ceux qui n'étaient pas inscrits (25%).

Parmi les jeunes ceux qui ont le moins voté sont ceux de 20-25 ans (moratoire politique).

Comparaison avec les résultats des présidentielles antérieures (2ème tour) :

1981 : 63% des 18-25 ans ont voté, et ils ont voté Mitterand.

1988 : 69% des 18-25 ans ont voté, et ils ont voté à gauche (Mitterand).

=> On assiste à un tournant dans la sensibilité politique des jeunes.

Se trouve confirmée l'idée d'une perte de la spécificité du choix des jeunes. Par exemple le vote pour le mouvement écologiste - plus moral, plus proche des citoyens -- perd de son ampleur (1993 : 12%, 1995 : 7% votent pour D. Voynet).

On ne discerne plus de différence notable entre les jeunes hommes et les jeunes femmes. Les jeunes femmes ne sont plus franchement à gauche (51% des femmes sont pour Chirac contre 45% des hommes).

Vote Chirac des 18-25 ans1er tour 2ème tour
198111% (VGE) 37% (VGE)
198814%40%
199529%53%

Pourquoi cette attraction de Chirac ?

On note une attraction du vote Le Pen pour les 18-25 ans :

18% au premier tour (ensemble de l'électorat: 15%)

contre 10% au 1er tour de 1988 (ensemble : 11%)

Discours simpliste et tranché.

Question d'un participant au stage : Quelles sont les conséquences d'un premier vote contestataire ?

Réponse : Il reste de grandes différences entre les jeunes :

Les électeurs jeunes de Le Pen :

26% des jeunes au chômage

24% parmi les jeunes n'ayant pas le bac

22% parmi les jeunes salariés

contre 4% parmi ceux qui poursuivent des études.

=> on peut souligner la cassure au sein de la jeunesse.

Le vote Jospin est surtout le fait des jeunes favorisés, les jeunes étudiants.

=> Difficultés du PS et du PC à maintenir leur force d'attraction par rapport aux jeunes défavorisés.

Conclusion :

3 paradoxes :

  1. Parallèlement aux progrès de l'information politique progressent les difficultés de repérage.
  2. Dilution des marqueurs idéologiques volatilité électorale et désaffiliation électorale.. Les clivages idéologiques ne coïncident pas avec les clivages politiques.
  3. Comment se transmettront les fondements d'une culture politique commune ?

NB. Les sondages CEVIPOF sont faits dans la semaine qui suit les élections et sont bien plus fiables que les sondages sortis des urnes. Il sont réalisés en face à face et de ce fait on leur applique un coefficient de correction.

Bibliographie :

Les indicateurs sociopolitiques, L'Harmattan

L'électeur français en question, Presse Nationale des Sciences Politiques



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Evelyne_Oudart@lyc-69.ac-lyon.fr

Dernière mise à jour le Lundi 15 juin 1998 10:37:41