Sciences économiques et sociales

Des ressources pour l’enseignement en seconde, première et terminale ES.

Travailler des notions et des mécanismes
Article mis en ligne le 6 juin 2017
dernière modification le 7 juin 2017
par pcheynet
Imprimer logo imprimer


On peut distinguer deux catégories de reportage auxquels on peut associer des activités s’inscrivant dans une démarche inductive ou déductive.


1/ Faire émerger des notions ou des mécanismes d’un reportage
Un reportage présente toujours des faits et en propose parfois une analyse (causes, conséquences, etc.). Certains reportages mobilisent explicitement des notions économiques (marché, prix, demande, etc.) ou sociologiques (intégration, conflit) et des mécanismes économiques (la hausse du prix du tabac a entraîné une baisse de la demande de cigarettes) ou sociologiques. Généralement, ils apparaissent dans le commentaire qui accompagne le reportage ou dans les propos des personnes interrogées, notamment lorsqu’il s’agit d’ « experts ». Ce type de reportage peut être mobilisé dans une démarche inductive pour faire émerger des notions ou des mécanismes. Par exemple, dans l’activité « Qui produit des richesses ? », on esquisse progressivement les caractéristiques des différentes organisations productives (entreprise, administration, association, ménage) à partir de reportages sur la Croix-Rouge, sur un restaurant avec une formule de buffet à volonté, etc. De même, dans l’activité « Comment évoluent l’offre et la demande par rapport au prix ? », des reportages sur la crise du lait ou sur la pénurie de fioul domestique permettent de dessiner progressivement des mécanismes de marché.


Comment ?
Le dispositif pédagogique doit orienter le regard de l’élève sur la notion ou le mécanisme à travailler, l’aider à prélever les informations pertinentes et à les mettre en forme. Par exemple, dans l’activité « Qui produit des richesses ? », on utilise un tableau synoptique à 4 colonnes où l’élève doit relever les principales caractéristiques d’une organisation productive : qu’est-ce qui est produit ? Dans quel objectif ? D’où l’organisation tire-t-elle ses ressources ? Mais on peut envisager d’autres dispositifs pédagogiques.
- des questions posées sur chaque reportage : c’est le dispositif traditionnellement retenu pour étudier les documents dans les manuels scolaires ;
- compléter une carte heuristique : les élèves complètent la carte qui donne les principaux nœuds (Entreprises, administration, association, produit, ressources, etc.)
- Un schéma d’implication se prête particulièrement bien à la transcription d’un mécanisme économique ou sociologique.


Pourquoi ?
Une activité riche d’un point de vue cognitif. Jamais un reportage n’étudie une notion ou un mécanisme pour lui-même. Ce n’est pas un objet didactique. Un reportage ne traite pas la notion de marché, d’entreprise, d’administrations publiques ou d’association ni des mécanismes de marché. Il évoque des faits et convoque des analyses : les conséquences de la baisse du prix du caoutchouc sur les planteurs vietnamiens, le succès d’un restaurant avec une formule de buffet à volonté, la présentation du budget de l’Etat en 2016 ou les collectes de la Croix Rouge avec son ambassadrice Adriana Carembeu. Par conséquent, un reportage est parsemé d’informations inutiles pour l’activité. On pourrait y voir un obstacle à l’apprentissage des élèves : des images ou des commentaires peuvent détourner leur attention ou les conduire sur de fausses voies. Mais c’est peut-être cela qui fait la richesse de l’activité. Les élèves doivent trier les informations, écarter les informations inutiles, prélever l’information pertinente et la mettre en forme. Il s’agit de compétences complexes.


2/ Mobiliser des notions ou des mécanismes pour analyser des faits présentés dans un reportage
D’autres reportages sont purement factuels et ou ne proposent qu’une analyse partielle des faits. Ils ne convoquent pas, ou seulement partiellement, les notions et mécanismes économiques ou sociologiques. Dans l’activité « Famille et mobilité sociale », le reportage « devenir bilingue » n’évoque explicitement aucune des notions au programme de terminale alors qu’il se réfère implicitement à une dizaine de notions sociologiques du programme (tableau ci-dessous) et à plusieurs notions économiques. Dans le même ordre d’idée, les commentaires qui accompagnent le reportage ou les propos des personnes interrogées ne contiennent aucune analyse sociologique ou"sociologisante" (genre de vulgarisation du discours sociologique). Pourtant là encore, plusieurs mécanismes au programme de l’enseignement de terminale pourraient être mobilisés. Ce constat n’est pas une critique du reportage ou du travail des journalistes. L’absence d’analyse sociologique représente une opportunité pédagogique si on conduit les élèves à analyser les faits présentés dans le reportage en mobilisant les notions et mécanismes sociologiques qui n’y figurent pas explicitement. On inscrit ici l’activité de l’élève dans une démarche déductive.

Notions Mécanismes
• mobilité sociale
• reproduction sociale
• capital culturel
• capital social
• classes sociales
• inégalités
• socialisation
• socialisation anticipatrice
• mobilité professionnelle ou géographique
• La famille contribue à la reproduction sociale
• Les classes supérieures mobilisent leur capital économique et culturel pour assurer la réussite scolaire et sociale de leurs enfants (Bourdieu)
• Les classes supérieures ont une forte ambition scolaire et professionnelle pour leurs enfants (Boudon) : le coût des études n’est pas un obstacle ; on anticipe une mobilité internationale.
• Les classes supérieures connaissent parfaitement les rouages du système scolaire et les exigences du monde professionnel. Parler couramment anglais est un gage de réussite dans les filières les plus sélectives de l’enseignement supérieur et un pré-requis pour accéder aux emplois les plus valorisés. (Marie Duru-Bellat)
• Les classes moyennes cherchent à imiter les classes supérieures, faisant preuve d’une "bonne volonté culturelle" (Bourdieu)
• Les inégalités sociales sont cumulatives et se reproduisent de génération en génération


Comment ?
Le dispositif pédagogique doit donc conduire les élèves à mobiliser les notions et mécanismes étudiés préalablement pour analyser les faits présentés dans le reportage. Cela peut passer par un questionnement sur le reportage ou apparaissent explicitement des notions et où sont évoqués des mécanismes. C’est le dispositif retenu dans l’activité « Famille et mobilité sociale ». C’est aussi la philosophie des activités proposées sur SES.webclass. Dans la rubrique « Activité », un reportage est assorti d’une question principale mais aussi de liens vers la section correspondante du cours et vers les notions utiles du répertoire. Les élèves sont ainsi incités à intégrer les notions et les mécanismes du programme dans leur réponse.


Pourquoi ?
Enrichir les représentations des élèves. Les élèves ne se confrontent pas à un reportage sans "idées préconçues". Ils ont leur propre système de représentations, orienté par les opinions en vogue, leurs propres expériences et leurs savoirs antérieurs, scolaires ou non. L’enjeu est de passer d’une lecture immédiate du reportage à une lecture "savante" en enrichissant leur système de représentations des savoirs "scientifiques" ou des savoirs à enseigner. Cette démarche est cohérente avec le préambule du programme du cycle terminal qui demande de « donner du sens aux apprentissages en montrant comment les concepts et les outils permettent d’interpréter des situations concrètes ».
Quand des élèves de seconde regardent le reportage « devenir bilingue » de l’activité « Famille et mobilité sociale », ils ne voient généralement pas les mécanismes sociologiques évoqués plus haut. Leur regard n’est pas suffisamment aiguisé. Leur interprétation du reportage est fortement influencée par leur vécu d’enfant ou d’élève mais aussi par les propos de la psychologue qui pose un regard critique sur ces parents. Ils éprouvent du coup de l’empathie pour ses enfants bilingues et les commentaires qui viennent sont souvent sur ce registre : "Pauvres gosses, à 6 ans on les fait travailler comme au lycée/ on leur met trop de pression / ils vont devenir fous". On trouve parfois les prémisses d’une analyse sociologique dans certains commentaires : "c’est des bourges ou des gros bourges…". Des élèves de terminale ont généralement un regard plus aiguisé car ils interprètent le reportage à la lumière des problématiques et des théories sociologiques de la mobilité sociale.



Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.77.22