L’ARGUMENTATION ET LE DEBAT

Principes et mise en œuvre

Intervention de Jane Méjias, au cours de l'université d'autome de Paris, consacrée à l'ECJS en novembre 99


 

1. Quel sens faut-il donner au mot " débat " ?
2. Comment construire une argumentation ?
3. Les enjeux du débat.
4. L’organisation pratique du débat.

Bibliographie indicative



Introduction :

" Il ne suffit pas de s’instruire des principes de la démocratie pour les respecter, il ne suffit pas non plus de les mettre en pratique sans les élucider, il faut les discuter, juger de leur application, apprécier leurs conséquences, et cela exige la mise en place d’une réelle initiation au débat argumenté. "

J.P. Thomas, " Pas de formation sans réflexion de fond ", Les cahiers pédagogiques, supplément n°4, Octobre-Novembre 1998.

1. Quel sens faut-il donner au mot " débat " ?

    Deux types de débats : Le débat médiatique et le débat scientifique

    " Eduquer à la citoyenneté par le débat, ce n’est pas susciter des face à face inspirés du spectacle télévisé. Pour découvrir que ça se discute ou que les opinions se confrontent dans tout espace public, l’école a sans doute un rôle à jouer. Mais plutôt que de singer les formes du débat d’opinion le plus médiatique, elle ferait bien de redécouvrir le débat scientifique, qui porte sur le réel et se donne une méthode. Bien sûr, la démocratie passe aussi par la libre confrontation des opinions, dans un aimable désordre qui laisse à chacun la liberté de trouver son chemin et de construire sa pensée, sans avoir à faire constamment preuve de rigueur et d’autocritique. Cette forme de la conversation, indispensable à l’évolution des représentations sociales, ne doit pas masquer l’importance d’une autre forme, celle qui mène au relatif consensus qui permet des décisions démocratiques et raisonnées. "

    Ph. Perrenoud, " Le débat et la raison ", Les cahiers pédagogiques, supplément n° 4, oct-nov. 1998

    Ce que l’on veut mettre en œuvre se situe du côté de l’apprentissage du débat scientifique dans la classe.

    " C’est en devenant le lieu d’une parole libre et organisée que l’école peut jouer son rôle en matière d’éducation civique, c’est-à-dire associer l’efficacité - ce qui n’est pas discuté n’est pas intériorisé - et l’absence de dogmatisme - ce qui est discuté ne prend pas valeur de dogme, mais de problème indéfiniment rectifié. Ce privilège accordé à la liberté d’expression n’est pas gratuit. Il n’y a pas de démocratie sans espace public de délibération. Avant de voter, les citoyens sont des personnes qui s’inscrivent dans un débat, qui font valoir leurs arguments. Et l’apprentissage de la citoyenneté, sans exclure d’autres voies, passe par celui du débat argumenté. Sur ce point, c’est Kant qu’il faudrait citer, en particulier lorsqu’il souligne, dans la Critique du jugement, la nécessité pour penser par soi-même, d’envisager ce qu’autrui pourrait penser de nos pensées. "

    J.P. Thomas, " Pas de formation sans réflexion de fond "
    Les cahiers pédagogiques, supplément n°4, Octobre-Novembre 1998

    Différence entre les deux :

    Débat scientifique

    Débat médiatique

    Confronter des thèses

    Confronter des opinions

    Fondées sur des hypothèses

    Fondées sur des jugements de valeur

    Etayées par des arguments

    Etayées par des expériences sociales, des intuitions

    Préparé par un travail documentaire

    Spontané

    Organisé

    Ecoute aléatoire

    Ouvre au point de vue de l’autre

    Renforce le point de vue de chacun

    Donne lieu à une synthèse

    Pas de suite directe

    Permet de clarifier les enjeux

    Permet l’évolution des représentations sociales

     

    Conclusion : ce que nous voulons mettre en place se situe du côté de l’apprentissage de la méthode scientifique et du débat démocratique, dans la mesure où celui-ci suppose qu’il ait lieu entre des citoyens éclairés sur les enjeux qu’il comporte. Il est certain que les décisions prises ensuite dans la sphère politique relèvent de choix de valeur. Mais ce n’est pas la finalité du débat argumenté dans le cadre de l’ECJS, puisque celui-ci ne donne pas lieu à des prises de décision, mais est là pour apprendre aux élèves à décanter les questions traitées.

2. Comment construire une argumentation ?

    2.1.Distinguer l’argumentation de la démonstration

      Démonstration

      Argumentation

      Exercice écrit

      Exercice oral

      Solitaire

      Interaction avec un public

      S’appuie sur des preuves

      S’appuie sur des arguments


      Cette distinction est, pour une part, artificielle. La démonstration scientifique s’accompagne aussi de débats argumentés dans les milieux scientifiques, comme on peut le voir actuellement autour des OGM. Ce qui importe ici est de marquer que le débat argumenté repose sur une interaction sociale entre les participants.

    2.2.Argumenter, c’est faire comprendre et faire adhérer.

      2.2.1.La construction de l’argumentation :
      Les principes de construction peuvent être un peu différents selon les disciplines, mais il ne faut pas surestimer ces différences qui sont plutôt présentes dans les règles formelles de la dissertation, à l’écrit (1).

D’après Alban Bouvier, Conférence sur les théories de l’argumentation, Lyon, 1996.

      2.2.2. Argumenter = faire comprendre : l’usage de l’exemple.

L’exemple éclaire. Il permet de faire comprendre, d’illustrer, d’étayer. Il peut être quasiment paradigmatique (l’étude du suicide par Durkheim), mais il n’est pas une preuve.

Il faut alors se garder du paralogisme de généralisation. On étaye une proposition générale par un certain nombre de cas particuliers. Plus on en a, plus la proposition générale est étayée. Mais une généralisation ne prouve rien. L’exemple des cygnes est très connu. Au millième cygne blanc que je rencontre, ma proposition générale qui est que tous les cygnes sont blancs est bien étayée. Néanmoins, rien ne prouve que le mille et unième cygne soit blanc. Si l’on cite cet exemple, c’est parce que cela c’est passé ainsi, historiquement. Au XIXéme siècle, on s’est aperçu avec surprise qu’il y avait des cygnes noirs en Australie, alors qu’on avait longtemps cru qu’il n’y avait que des cygnes blancs.

L’essentiel est de bien cerner la validité de l’exemple dans le temps et dans l’espace, les conditions de son existence, et d’éviter de généraliser de façon abusive.

D’où l’importance de la recherche des contre-exemples, qui permettent de vérifier la pertinence de l’argumentation et de se préparer aux objections des autres dans le débat.

Comme conclusion sur ces deux points, on peut présenter le tableau suivant :

 

Induire

Déduire

Démarche

Partir des faits, puis généraliser pour dégager une loi, une règle

Partir de propositions pour établir une nouvelle proposition, un fait nouveau qui en soit la conséquence

Rôle des exemples

  • point de départ de l’induction
  • Vérification de la loi, de la règle générale

  • Illustration des arguments de la déduction
  • Vérification de sa cohérence
  • Pièges

    • Généralisation abusive
    • Mauvaise formulation

  • La proposition nouvelle n’est que l’addition, la juxtaposition des propositions ou faits initiaux
  • Mauvaise formulation
  • Pour étoffer l’argumentation

    • Recherche d’autres exemples renforçant la généralisation
    • Appliquer la règle générale à quelques cas précis pour montrer sa pertinence
    • Recherche de contre-exemples. Ne sont-ils que des exceptions ? Si oui, les présenter comme tels, sinon reprendre tout le raisonnement

    - Recherche à chaque étape de la déduction, à chaque implication, des failles possibles, des contre-exemples ou des éléments allant dans le sens du raisonnement, ou encore le complétant.

    D’après D’agostino Serge et alii, Apprentissage des savoir-faire fondamentaux en Sciences économiques et sociales, CDDP de Valence, 1993.

        2.2.3. Faire adhérer : les procédés rhétoriques de l’argumentation.

    L’argumentation n’est pas manipulation. Pour Aristote, la rhétorique est un outil d’éducation civique. Il se montre d’autant plus honorable qu’il tire sa vertu des limites mêmes de son pouvoir : " sa fonction propre n’est pas de persuader, mais de voir les moyens de persuader que comporte chaque sujet ". Aristote considère que la rhétorique enseigne les moyens de persuader sans toutefois préjuger du succès. Car à la différence d’un consensus, accord conclu démagogiquement sur les points faibles d’opposition, la controverse oblige à négocier sur les points forts et à considérer les arguments contraires. La rhétorique n’est donc pas l’instrument de persuasion universelle dont rêve le tyran. Elle est davantage un " art du contre " : elle apprend à dire non et à fonder ce refus sur la raison.

    Gilles Declercq, La rhétorique et sa méthode, Sciences Humaines n° 38, avril 1994.

    Rappelons quelques procédés parmi les plus employés. L’objectif n’est pas de faire apprendre ces définitions aux élèves, ce qui n’aurait guère de sens, mais que les professeurs les aient présents à l’esprit pour aider les élèves dans cet apprentissage, à la fois de leur argumentation et de la critique des argumentations qu’ils rencontrent.

    La métaphore : " Que nous fassions du monde une maison, une gare desservant cette maison, un terrain d’essais, un atelier d’instruments potentiels, une carrière exploitable par le travail humain, un pays étranger, un camp ennemi, une prison… et notre mode de vie en sera fondamentalement transformé. "

    Helmut Kuhn, Encounter with Nothingness, London, Melthuen, 1951.

    L’analogie permet de transférer l’accord obtenu sur la situation recadrée à un terme ou à une opinion au nom d’une ressemblance. L’exemple donné par Aristote dans sa Rhétorique est très clair. Il met en scène un philosophe qui veut convaincre l’assemblée que les magistrats de la cité devraient être choisis selon leurs compétences et non tirés au sort. L’orateur rappelle que les joueurs des équipes sportives qui représentent la cité sont choisis selon leurs compétences et non tirés au sort parmi ses habitants (cadrage préalable). Puis (argument analogique), il s’étonne qu’il n’en aille pas de même pour les magistrats.

    Philippe Breton, L’argumentation entre information et manipulation, Sciences Humaines Hors Série n° 16, mars-avril 1997.

    Prendre appui sur les représentations du public, c’est la question de l’ancrage, notion qui est due à Grize. Quand on veut faire comprendre une théorie, on a besoin de s’ancrer dans des choses que les gens comprennent, et si l’on veut faire adhérer, il faut que l’on s’ancre dans des croyances qui sont déjà dans le public. L’ancrage a différentes dimensions. Une dimension cognitive : il faut s’appuyer sur des notions qui sont comprises. Une dimension épistémique qui concerne ce à quoi l’individu croit. Une dimension linguistique : les notions peuvent être présentes, les croyances aussi, mais le langage que j’emploie peut n’être pas accessible.
    On ne réussit à faire comprendre quelque chose à un public qui ne le connaît pas encore qu’en rompant avec certaines représentations de sens commun, mais en se fondant sur d’autres représentations préalables. La valeur pédagogique des exemples est précisément de partir de choses qui sont connues et de construire un raisonnement à partir de là.

    L’argument d’autorité consiste à s’appuyer sur la réputation d’un autre pour appuyer sa propre argumentation. On ne peut pas se passer de l’argument d’autorité, mais tout dépend de l’usage qu’on en fait. Il est légitime, et même bienvenu, de faire référence aux travaux antérieurs, par exemple au début d’une thèse. C’est aussi une façon de capter la bienveillance de l’auditoire. En revanche, l’argument d’autorité ne peut se substituer à un argument logiquement valide.

    3. Les enjeux du débat.

      Quand on va débattre avec les élèves, on va nécessairement se poser la question des critères de jugement des arguments avancés. Une fois que l’on aura vérifié la qualité des arguments, deux questions demeurent, et elles sont fondamentales par rapport à ce que l’on veut mettre en œuvre avec l’ECJS : la première porte sur la validité scientifique d’une thèse, la seconde sur le risque du relativisme.

      3.1.Qu’est-ce qu’une bonne théorie ?

    Pour clarifier ce que l’on entend par dimension scientifique. Il convient d’abord de distinguer l’explication de l’interprétation.

    On entend souvent dire que " les sciences de la nature viseraient à l’explication, alors que les sciences humaines viseraient à l’interprétation. Les sciences de la nature rechercheraient les causes, les sciences humaines le sens des phénomènes qu’elles étudient respectivement. (…) La confusion et la persistance de la querelle vient de ce que les sciences humaines se posent aussi, fréquemment, des questions qui ne relèvent pas de l’explication, mais bel et bien de l’interprétation. La révolution française a-t-elle été ou non une bonne chose ? Staline était-il inévitable ? La civilisation européenne est-elle sur le déclin ? (…) Une question relève de l’interprétation lorsque la réponse qu’on lui donne implique nécessairement l’intervention de jugements de valeur. (…) Lorsque les sciences humaines s’interrogent sur le sens d’un événement, elles se posent un type de question qui n’a pas d’équivalent dans les sciences de la nature. "

    Raymond Boudon, Le sens des valeurs, PUF, 1999.

    Mais dans de nombreux cas, les sciences humaines et les sciences de la nature utilisent un protocole de définition de la théorie scientifique qui leur est commun et que l’on peut résumer ainsi :

    " Mais il est désastreux de traiter comme relevant de l’interprétation des questions relevant en fait de l’explication. Les horreurs du nazisme et du communisme ont aussi une origine cognitive. Elles ont été rendues possibles parce que les races et les classes ont été érigées en causes universelles par certaines interprétations ayant réussi à se faire passer pour des explications. "

    R. Boudon, op. cit.

      3.2. La question du relativisme culturel

    Le débat est fondé sur le respect des autres et sur la tolérance. Mais le risque n’est-il pas alors de dire que tout est acceptable, que tous les points de vue se valent, que c’est une question d’opinion personnelle ? Comment trancher ? Existe-t-il des garde-fous devant ce risque ?

    Selon Dominique Schnapper, " le monde des sociologues est divisé entre les partisans d’un relativisme culturel absolu pour lesquels chaque culture est absolument irréductible aux autres, rendant impossible tout jugement de valeur, et les tenants d’un relativisme, lui-même relatif, selon lequel, par-delà la diversité des cultures, il existe un horizon d’universalité qui permet la communication entre les hommes et autorise à porter des jugements moraux. "

    La relation à l’autre, Gallimard, Coll. Essais, 1998.

    Il nous faut donc nous interroger sur deux questions qui sous-tendent le problème que nous avons à résoudre.

    Que signifie l’égal respect dû à toutes les cultures (2) ?

    Tout d’abord, il ne s’agit pas d’affirmer a priori l’égalité réelle de toutes les cultures. En effet, il y aurait un double danger.
    D’une part, cela n’aurait pas de sens et aboutirait à l’effet inverse, c’est à dire l’homogénéisation. En effet, affirmer que toutes les cultures sont égales conduit à supprimer leurs différences et à les juger d’après nos propres critères (on ne fait pas d’effort pour les percevoir, on les accepte en bloc avec nos propres instruments de justification).
    D’autre part, cela conduirait à un relativisme préjudiciable (" tout se vaut ") qui pourrait correspondre à une attitude " néo-nietzshéenne ".

    Ce qui est proposé, c’est plutôt de considérer que toutes les cultures peuvent avoir quelque chose à apporter à la compréhension de l’humain. En effet, des cultures qui se sont maintenues suffisamment longtemps sur des espaces assez grands ont certainement mis en œuvre quelque chose de l’humain, des sociétés humaines. Elles ont donc quelque chose à dire à tous les êtres humains. Mais il faut considérer cela comme une hypothèse et non pas comme un postulat : cela demande vérification. Pour cela, il faut faire un effort et considérer la culture " autre " dans sa spécificité, ce qui demande d’élargir nos horizons de sens. La comparaison des cultures permet un " mélange des horizons " qui peut faire progresser la compréhension des sociétés humaines.

    Il ne s’agit donc pas d’affirmer que toutes les cultures sont remarquables mais de leur donner le droit à la présomption qu’elles sont intéressantes à considérer (c’est cela, la " reconnaissance "). Cela conduit à éviter ainsi une hiérarchie implicite qui conduirait à placer systématiquement la culture hégémonique au sommet de l’échelle de valeurs. Il est important de se dire que l’étude de l’autre peut nous apprendre quelque chose. " De même que tous doivent avoir l’égalité des droits civiques et du droit de vote, sans considération de race ni de culture, de même tous devraient bénéficier de la présomption que leur culture traditionnelle a une valeur "

    La prétention à l’universalisme est-elle culturelle ?

    L’affirmation de droits universels qui s’opposeraient aux particularismes peut être dénoncée comme la domination d’une culture particulière (la culture occidentale moderne). Il s’agirait d’un particularisme se déguisant en principe universel.

    Pour répondre à cette objection, on peut distinguer deux sortes de libéralisme. Le premier consiste dans un " libéralisme des droits ", qui valorise les droits individuels au détriment des droits des collectifs et qui est " inhospitalier à la différence ". Il est issu d’une tradition, la tradition occidentale, et s’oppose à toute volonté collective autre de s’installer durablement en tant que culture. Le deuxième consiste dans une " démocratie culturelle " : il ne s’agirait pas de se poser la question de tolérer ou non les différences mais de les reconnaître. Cela correspond à la nature dialogique de l’humain. Ce libéralisme là permet aux autres d’exister tout en leur demandant d’accepter les principes centraux de la société dans laquelle ils se trouvent. La reconnaissance des différences doit exister dans les deux sens : de la société vers les minorités et des minorités vers la société. Dans une telle acception, les principes centraux sont énoncés comme culturels mais comme devant établir la loi commune dans l’espace social considéré, sans exclure des différences qui ne les mettent pas en danger. Ainsi, la citoyenneté et l’universalisme républicain, en France, peuvent-ils être considérés comme " culturels " sans remettre en cause leur légitimité et leur capacité d’organisation de la société. Cette reconnaissance des faits culturels redonne ainsi de la liberté : il n’y a pas de loi d’airain de la raison mais plutôt des choix politiquement négociés.
    On peut donc en conclure que l’on peut débattre dans le respect des différences sans tomber dans le relativisme culturel, en insistant sur deux critères importants. Nous devons montrer que

    4. L’organisation pratique du débat.

    4.1. L’organisation de l’espace (classe en U) est un élément important de la tenue du débat. Ce n’est pas toujours possible, pour des raisons matérielles. Mais chaque fois que cela l’est, c’est effectivement souhaitable parce que tout le monde peut se voir facilement et dialoguer en face-à-face, alors que l’organisation traditionnelle de la classe induit plutôt un dialogue avec ceux qui se trouvent au bureau du professeur

    4.2. Répartition des rôles. On peut envisager plusieurs cas :

    Le schéma de la page suivante est un exemple de ce qui peut être fait. Il convient de faire participer le maximum d’élèves, en évitant le plus possible que des élèves soient placés en situation de passivité. Ainsi, on peut veiller à ce que les représentants de chaque thèse ne soient pas trop nombreux, sinon certains resteraient muets. Les observateurs constituent la variable d’ajustement. Ils ont un rôle actif, et essentiel pour la préparation de la synthèse. Mais, là encore, ils ne doivent pas être trop nombreux. Cela semble tout à fait gérable puisqu’en principe, le débat doit se dérouler dans le cadre d’une demi-classe.

    4.3. La synthèse

    cela peut être :

    Elle peut prendre la forme

    4.4. La fréquence des débats.

    Plusieurs fois dans l’année, en fonction du nombre de sujets retenus. C’est nécessaire pour faire tourner les rôles et pour permettre aux élèves de s’entraîner. Le débat doit-il obligatoirement avoir lieu à la fin de l’étude d’un thème ? Ou peut-il trouver sa place à mi-chemin ? Ces " débats d’étape " porteraient sur certains aspects seulement du thème. Mais c’est peut-être plus facile au début pour les élèves.
    Pas au début, car il ne pourrait pas être préparé.

    Conclusion :

    Est-ce un apprentissage accessible au " nouveaux lycéens ", au sens de F. Dubet, c’est à dire à des élèves souvent en difficulté sur le plan scolaire ?
    En fait, plus qu’on ne le pense :
    Mon expérience de professeur dans des lycées de la banlieue Est de Lyon m’a permis de vérifier que ces élèves pouvaient tout à fait apprendre l’écoute et le respect de l’autre, au cours d’une année scolaire. Ce qui commence dans le plus grand désordre et la confusion arrive peu à peu à s’organiser et les règles du débat démocratique finissent par être intégrées par des élèves qui en reconnaissent l’efficacité.
    Le débat argumenté prend appui sur la volonté de ces élèves de se faire entendre et reconnaître comme personnes.

    Cantonner ces élèves à des tâches simples, c’est leur donner l’illusion de réussir, mais, leur interdire l’accès aux objectifs de haut niveau comme la maîtrise de l’argumentation qui est la clef de leur véritable réussite, puisque c’est sur ces capacités que l’on juge les élèves au bac et dans l’enseignement supérieur.
    Par ailleurs, l’oralité du débat peut gommer leurs difficultés en français.

    Paradoxalement, les élèves plus scolaires sont parfois plus en difficulté dans ce type d’activité car ils manquent de distance par rapport au savoir scolaire et ont du mal à s’installer dans une situation un peu déstabilisante par rapport à leurs habitudes.
    Bien maîtrisé, le débat permet de construire une pensée citoyenne et d’entraîner les élèves au développement de l’esprit critique, condition de leur réussite au lycée et à l’université.

    Bibliographie indicative

    - Bautier Elisabeth et Rochex Jean-Yves, L’expérience scolaire des nouveaux lycéens, Armand Colin, 1998.
    - Boudon Raymond, Le sens des valeurs, PUF, 1999.
    - Bouvier Alban, Conférence sur les théories de l’argumentation, Lyon, 1996.
    - Breton Philippe, L’argumentation entre information et manipulation, Sciences Humaines Hors Série n° 16, mars-avril 1997.
    - CDDP de Valence, Apprentissage des savoir-faire fondamentaux en Sciences économiques et sociales, 1993.
    - CRDP de Franche-Comté, Argumenter au lycée, 1994.
    - Perrenoud Philippe, " Le débat et la raison ", Les cahiers pédagogiques, supplément n° 4, oct-nov. 1998.
    - Schnapper Dominique, La relation à l’autre, Gallimard, Coll. Essais, 1998.
    - Sciences Humaines n° 38, avril 1994, dossier " L’art de convaincre ".
    - Taylor Charles, Multiculturalisme. Différence et démocratie, 1992, trad. Fr., Aubier, 1994.
    - Thomas J.P., " Pas de formation sans réflexion de fond ", Les cahiers pédagogiques, supplément n°4, Octobre-Novembre 1998.

    1. Voir, sur ce point, Argumenter au lycée, CRDP de Franche-Comté, 1994, qui présente par ailleurs de nombreuses séquences pour apprendre aux élèves à argumenter de façon interdisciplinaire ou disciplinaire (en Lettres, Mathématiques, Histoire-Géographie, Philosophie et Sciences économiques et sociales).
    2. Les deux paragraphes qui suivent s'inspirent largement d'une contribution de Jean Fleury, professeur de Sciences économiques et sociales dans l'académie de Lyon que je remercie pour son aide. Ils s'appuient sur les travaux de Charles Taylor, en particulier, La politique de reconnaissance, in Multiculturalisme. Différence et démocratie, 1992, trad. Fr. Aubier, 1994.