n° 867 - 14 juin 2007

Фото ПРОЕКТА «ТОПОГРАФИЯ ГЛАМУРА»
4 X 4 ET JOLIES BLONDES
Le glamour, nouvelle utopie russe
Rouler en berline, exhiber un diamant
au nombril, habiter un quartier huppé… De l’oligarque à l’étudiante fauchée,
tous les Russes semblent sacrifier au culte du glamour et du sexy. Ce qui n’est
pas forcément une mauvaise chose, conclut le magazine Ogoniok.
On peut discuter tant qu’on veut de la définition du glamour à la russe, mais
une chose ne fait pas de doute : s’il y a une idéologie qui a pénétré les masses
dans la Russie d’aujourd’hui, c’est bien celle-là. Lorsque, le jour où se déroulent
des législatives partielles dans quatorze des régions de Russie, l’information
principale est une rumeur sur le mariage (à la suite d’un pari) de Mikhaïl Prokhorov,
le milliardaire abonné aux scandales [il a été appréhendé cet hiver à Courchevel,
soupçonné de proxénétisme par la police française], et que les journaux accordent
plus de place au divorce de Roman Abramovitch qu’à la tournée européenne du
président Poutine, il est clair que ce n’est plus la peine de chercher cette
“idéologie nationale” qui semble nous faire défaut depuis l’effondrement de
l’URSS. Elle est toute trouvée. Une soif inextinguible de consommation et de
richesse ostentatoire. Nous ne sommes pas le premier pays touché, et nos stéréotypes
glamour n’ont rien d’original. Comme en politique, nous sommes des suiveurs.
Nous nous livrons à cette consommation frénétique avec la même ardeur que nous
absorbions [il y a vingt ans] les leçons de démocratie lors des congrès présidés
par Mikhaïl Gorbatchev. Cela passera un jour, sans doute. Mais, pour l’instant,
ça ne fait que commencer.
Contrairement à l’idée reçue, le glamour ne se résume pas au strass et aux paillettes,
à Courchevel et aux strings léopard Cavalli. Le glamour est une affaire sérieuse,
et l’écrivain Viktor Pelevine a raison d’affirmer, dans Empire V, que, dans
la société actuelle, les idéologies ne doivent pas être écrites “en toutes lettres”.
Quoi que disent les partis dans leurs programmes, quelles que soient les critiques
que leur adressent les mécontents pour leur absence d’idées, la Russie contemporaine
a bel et bien une idéologie, omniprésente – le glamour triomphant. A savoir,
la consommation à outrance et le clinquant ostentatoire. D’une part le glamour
entretient cette consommation effrénée, et d’autre part il lui donne un sens.
De la même manière, le marxisme avait encouragé et donné un sens au nouvel ordre
social instauré à partir de 1917.
A ce jour, ce qui fait de nous une nation unie, c’est précisément cette consommation
irréfléchie qui s’affiche – de Roman Abramovitch qui s’offre son quatrième yacht
géant à l’étudiante fauchée qui se jette pendant les soldes sur un troisième
top orné de strass. Cela pose au moins deux questions : à quel point le glamour
a-t-il (conta)miné la Russie ? Et pourquoi justement nous ? Si les évidences
énoncées plus haut semblent d’un exotisme fou à certains Russes qui n’ont pas
l’habitude de sortir le soir, ils devraient s’adonner davantage à l’introspection
: dans notre for intérieur, nous sommes tous pétris de glamour, qu’il se manifeste
sous la forme du rêve passionné de posséder un 4 x 4 pour sillonner la ville,
ou s’incarne dans l’attente de la soirée d’anniversaire de la boîte, censée
être l’équivalent urbain du pique-nique mais où s’enchaîne immanquablement le
buffet, le karaoké et l’inévitable feu d’artifice (du moins à Moscou).
D’ailleurs, si la quête sans fin d’une classe moyenne russe (aussi désespérée
que celle du Graal) est si infructueuse, c’est parce qu’on lui demande de répondre
à des normes bourgeoises classiques. Or nous en sommes loin : les aspirations
de nos différents groupes sociaux se limitent à vouloir encore plus d’argent
pour consommer davantage. Et il serait absurde de chercher des forces politiques
qui exprimeraient les intérêts de telle ou telle classe. En Russie, la politique
est surtout un moyen d’avoir accès à des avantages matériels sans passer par
le marché : appartement sur l’Ostojenka, maison sur la Roubliovka, vacances
sur la Côte d’Azur. Et c’est le glamour qui expliquera pourquoi l’Ostojenka
est mieux que la Polianka, la Roubliovka mieux que la Leningradka, la Côte d’Azur
mieux que la côte basque, et qui fera souffrir si quelque chose cloche. Le glamour
démoralisera la ménagère qui porte des bottines avec une jupe, car Ksenia Sobtchak
[une sorte de Paris Hilton russe, fille de l’ancien maire de Saint-Pétersbourg
Anatoli Sobtchak] a déclaré que ça faisait plouc.
En novembre 2006, un grand Forum commercial russo-chinois s’est tenu à Shanghai.
Deux débats y étaient consacrés aux relations entre business et médias. Le premier
traitait de la presse économique, mais on ne peut pas dire qu’il ait attiré
les foules. Le second, consacré au glamour et aux magazines people, avait été
fixé en soirée, à l’occasion d’un dîner sur une jonque, à l’heure où l’on prend
plaisir à admirer en toute sérénité les gratte-ciel brillant dans la nuit de
Pudong en dégustant un bon vin et en savourant des pousses de bambou tenues
entre deux baguettes. Ce débat-là a attiré absolument tout le monde. Que dis-je,
tout le monde s’y est rué. Devançant à la fois la chanteuse Anita Tsoï, Mme
Kourbatskaïa, propriétaire du restaurant Mario, et le producteur Viktor Choulguine,
qui devaient tous intervenir, le politicien Grigori Tomtchine, le politologue
Bounine, la chroniqueuse mondaine Antonova et la banquière Tatiana Paramonova
se sont précipités sur le micro. Pouvez-vous imaginer la première vice-présidente
de la Banque centrale en train de vanter passionnément le glamour ?
Ce soir-là, on a entendu dire que le glamour correspondait à un phénomène de
surcompensation à une enfance soviétique sevrée de tout. Qu’il se déclinait
depuis longtemps en plusieurs versions : il y a par exemple la version tchékiste
(quand on porte sa montre au poignet droit [comme le guébiste Poutine], un costume
Zileri ou Zegna et une chapka à oreilles type Politburo, et qu’on emmène ses
copines au club Diaghilev mais qu’on aime par-dessus tout, bien sûr, notre Patrie
soviétique). On a également évoqué le glamour comme une façon de reconnaître
sa “tribu”, ainsi que l’idée que le glamour témoigne d’une société où le sexe
est peu à peu remplacé par le sexy, c’est-à-dire que l’image de l’action se
substitue à l’action elle-même.
Quoi qu’il en soit, quiconque s’est rendu en Europe de l’Ouest reconnaîtra qu’un
glamour au caractère si massif ne se rencontre qu’en Russie. Les Italiens ont
certes cette capacité nonchalante à porter une écharpe sur une veste, mais l’écharpe
n’est pas pour autant griffée Paul Smith. Les Français sont pour leur part très
doués pour se réjouir de toute entreprise, que ce soit la visite d’une expo
ou les courses au marché, mais là non plus cela n’a rien à voir avec de la consommation
pour la frime. A Londres, lorsque la première d’un film a lieu dans un cinéma
de Leicester Square, il y a bien les limousines de rigueur, les tapis rouges,
le champagne et les robes Galliano couvertes de perles, mais tout cela est réservé
à un petit cercle de stars. La foule des spectateurs, dans la salle, n’aurait
jamais l’idée de vouloir porter du Galliano ; les gens s’habillent chez Mad
House, où le tee-shirt le plus cher est à 10 livres. Pour ce qui est de la Russie,
l’institut d’études sociologiques ROMIR Monitoring affirme que les plus pauvres
aiment les mêmes marques que les plus riches. Les premiers achètent de la contrefaçon
chinoise sur les marchés, tandis que les seconds s’offrent les originaux en
boutique, voilà tout.
Cette emprise sans partage du glamour en Russie s’explique, à mon avis, par
un seul fait : dans notre pays, beaucoup de lois se résument à un simple écran
tendu devant des règles du jeu qui changent à toute vitesse. En soi, cela offre
déjà un prétexte à une théâtralisation de l’existence, avec tout son clinquant
de pacotille. Est-ce que vous croyez Guennadi Onichtchenko, le chef de la médecine
sanitaire russe, lorsqu’il dénonce la toxicité des vins français et la teneur
en pesticides des vins géorgiens ? Est-ce que vous croyez Oleg Mitvol, le responsable
de la protection de la nature, lorsqu’il se réclame de la pureté des ressources
en eau pour exiger la démolition d’une maisonnette surplombant une rivière ?
Bien sûr que non, ces discours ne sont qu’un décor. Comme les cravates roses
de Mitvol, un homme qu’il faut considérer comme un joyeux cynique, un personnage
de la rubrique mondaine, qui ne joue pas dans la même cour que la majorité de
la population.
La réalité de la vie quotidienne russe contemporaine rappelle plutôt une construction
de schémas mentaux tout faits. Dans la réalité, en guise de classe moyenne,
nous avons une classe d’honnêtes gens, ou de braves benêts, qu’on n’inquiète
pas plus que cela parce que c’est leur travail qui nourrit tout le monde et
que pour la plupart ils ne s’élèvent pas contre les règles tacites. Il y a la
classe de ceux qui veillent à l’ordre, les siloviki, [gendarmes, policiers,
militaires] et les fonctionnaires affilés. Il y a ceux à qui tout est permis,
les flics. Et enfin les requins [oligarques], qui payent leur tribut aux siloviki
[ceux-ci leur permettant en échange de faire prospérer leur business].
Et, là, beaucoup de ce qui semble relever de la mystérieuse âme russe devient
évident : pourquoi, en Europe de l’Ouest, les gens qui veulent circuler en ville
achètent de toutes petites voitures, tandis que chez nous ils roulent en énormes
4 x 4 (quoi de plus glamour qu’une Range Rover avec une blonde au volant) ?
On pourrait croire que nous avons tous les mêmes problèmes de bouchons et de
parking, mais, en Russie, l’intérêt d’avoir une voiture, ce n’est pas de se
déplacer, c’est d’afficher son statut social. Et les policiers de la route,
évidemment, ne s’inquiètent pas de la sécurité, mais de leur propre prestige,
qu’ils affirment en arrêtant sans raison tout représentant des basses castes.
C’est pour cela qu’ils pressurent les Lada bringuebalantes (la voiture des plus
pauvres) et les 4 x 4 d’honnêtes bougres qui veulent jouer les nantis, pour
leur montrer qu’ils ne sont pas dupes. C’est pour cela que la demoiselle à la
mode qui exhibe son nombril orné d’un piercing de deux carats prétend au statut
de maîtresse d’oligarque et non de malheureuse débauchée qui s’efforce d’arrondir
ses fins de mois [en racolant] dans les boîtes de nuit. Le “tchékiste glamour”
qui assure devient pour sa part un personnage contemporain, raffiné, presque
une figure du monde artistique.
Tout le piquant de la situation réside dans le fait que les règles du jeu politique
changent sans arrêt. C’est pour cela qu’en Russie le glamour est une nécessité.
Un masque absolu. On est tous riches, beaux et jeunes, on fait la fête et on
est heureux. C’est la seule façon de ne pas devenir fou en voyant les hydrocarbures
exploités en quantités inconcevables dans un pays toujours aussi inconcevablement
pollué, où un instituteur ne gagne pas suffisamment pour consommer les protéines
nécessaires et ment en disant qu’il n’a pas d’autres sources de revenu. En fait,
nous avons déjà connu tout cela. Le précédent régime équivalent à cette glamourisation
complète du pays, c’était l’URSS de Brejnev, où en guise d’idéologie absolue
régnait le culte des objets, et où l’on pouvait tuer (au sens littéral) pour
une paire de jeans délavés ou un magnéto japonais. Il y a un quart de siècle,
on trimait et on se procurait, par relations, des fringues et des bouquins payés
trois fois leur prix. Aujourd’hui, on achète des fringues et on sort dans les
boîtes branchées. Ou du moins nous en rêvons.
Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de travailler dans un magazine très
glamour. Au début, le glamour, avec toutes ses règles (“Il n’y a que les imbéciles
pour arriver à l’heure à une soirée, ou pour s’habiller comme indiqué sur le
carton ; ceux qui doivent te connaître, ce sont les videurs, pas les organisateurs
de la soirée”, etc.), m’a semblé une vérité de la vie. Ensuite, je l’ai pris
pour un rêve. Maintenant, j’y vois un indicateur fort pratique : plus la Russie
comptera de Bentley au volant incrusté de diamants, plus le taux de mensonge
sera élevé, et moins le risque d’effusion de sang sera probable. Si le mensonge
et le luxe qui l’accompagne dépassent les bornes, nous connaîtrons le sort de
la Rome antique, dont la civilisation s’est écroulée face à une religion nouvelle
détachée des biens matériels. Ce n’est pas la pire issue. Bien sûr, nous périrons,
mais au moins, la fin de notre civilisation fera l’objet de centaines de films.
Et, si le mensonge recule peu à peu, remplacé par la liberté et l’égalité face
à la loi, si les règles tacites deviennent écrites et que les règles écrites
sont strictement observées, le glamour sera progressivement évincé et ira se
réfugier dans son habitat naturel, le cinéma, la chanson, la bohème, et chez
les millionnaires excentriques du genre Tchitchvarkine [Evgueni, turbulent patron
de l’entreprise de téléphonie mobile Evroset].
Mais, pour l’instant, toutes les jeunes filles de Russie sont condamnées à pleurer
en dévorant des magazines où Ksenia Sobtchak apparaît dans d’hallucinants vêtements
qui ne cachent pas grand-chose, assurant ainsi la prospérité de la presse people.
Et, au passage, celle de la petite Ksioucha.
Dmitri
Goubine
Ogoniok
Как
мода стала идеологией - Дмитрий Губин

Фото ПРОЕКТА «ТОПОГРАФИЯ ГЛАМУРА»
Почему показное и безоглядное
потребление делает нас сегодня единой нацией
Правила гламурной вечеринки:
— вовремя приходят лишь лохи;
— дресс-код соблюдают они же;
— тебя должен знать в лицо фейс-контроль, а не устроитель вечеринки
Вопреки расхожему мнению, гламур — это не блестки-пайетки, Куршевель и леопардовые стринги от Cavalli c бусиной в заду.
Речь о вещах серьезных, и Пелевин прав, утверждая в Empire V, что в современном обществе идеология не должна быть сформулирована «явным образом». Что бы ни писали партии в своих программах, как бы ни ругали их ехидники за отсутствие идей, — главной и тотальной идеологией современной России является торжествующий гламур. То есть нарочитое, показательное и шикарное потребление. Гламур, с одной стороны, это избыточное потребление поддерживает, а с другой — одухотворяет. Точно так же марксизм поддерживал и одухотворял социальный передел в 1917-м.
Именно показное и безоглядное потребление и делает нас сегодня единой нацией: от Романа Абрамовича, покупающего четвертую океанскую яхту, до бедной студентки, хватающей на распродаже третий топ со стразами.
Здесь возникают как минимум два принципиальных вопроса: насколько широко гламур по(за)разил Россию? И второй — почему именно нас?
ШАНХАЙСКИЙ СИНДРОМ
Если эти очевидные вещи все еще кажутся малотусующимся россиянам невероятной
экзотикой, надо присмотреться к себе: в глубине души мы все насквозь пробиты
гламуром — будь то страстная мечта о внедорожнике-джипе для поездок по городу
или ожидание фуршета на день рождения фирмы, который, по идее, должен быть городской
заменой пикнику, но оборачивается неизменно смесью халявы, попсы и обязательного
(в Москве) фейерверка.
Кстати, и бесконечные поиски среднего класса (по безнадежности сравнимые с поисками Грааля) у нас ведутся по той причине, что средний класс ищут в системе классических буржуазных координат. Но сегодня нам не до них: в поведении различных социальных групп в России нет иного смысла, кроме стремления к еще большим деньгам и еще большему потреблению. И уж совсем глупо искать политическую силу, выражающую интересы того или иного класса. Политика в России все больше становится инструментом, позволяющим получить внерыночный доступ к материальным ресурсам — и, следовательно, квартире на Остоженке, дому на Рублевке, отдыху на Лазурке. А уж гламур объяснит, почему Остоженка круче Полянки, Рублевка — Ленинградки, а Лазурка — Берега басков, и заставит страдать, коли что не так. Как он же, к примеру, заставляет домохозяйку испытывать нравственные страдания от сочетания полусапожек с юбкой, поскольку про убогость этого написала Ксюша Собчак.
В ноябре 2006-го на крупной российско-китайской бизнес-конференции в Шанхае проходило две секции, посвященные отношениям бизнеса и СМИ. Первая относилась к бизнес-прессе непосредственно, однако сказать, что народ на нее валом валил, было бы преувеличением. Вторую же секцию, посвященную гламуру и глянцу, перенесли на вечер, на время ужина на кораблике, когда, между нами, приятно любоваться сияющими в ночи небоскребами Пудонга, попивая себе винчишко и хватая палочками бамбук.
Однако именно на это обсуждение пришли ну просто абсолютно все. Что там пришли! Опережая намеченных к выступлениям певицу Цой, владелицу ресторана «Марио» Курбатскую, продюсера Шульгина, к микрофону прорвались вдруг политик Томчин и политолог Бунин, светская хроникерша Антонова и банкирша Парамонова. Можете представить себе первого заместителя ЦБ, с жаром защищающую гламур?
Говорилось и о том, что гламур — это гиперкомпенсация за голодное советское детство. И что давно существуют несколько гламуров внутри одного: появился, например, чекистский гламур (это когда часы у тебя на правой руке, а костюм от Zileri или Zegna, а шапка-ушанка «политбюрошная», а девушек ты любишь гулять в клубе «Дягилев», но больше всего любишь, конечно, нашу Советскую Родину). И про гламур как систему распознавания «свой-чужой». И про то, что гламур — это состояние общества, в котором секс постепенно подменяется сексуальностью, то есть действие — образом действия.
РОССИЙСКИЙ ПУТЬ
Какая бы из теорий ни была верна, любой непредвзятый человек, побывавший в Европе,
согласится, что такой массовости гламур достиг только в России. Ну да, есть
небрежное умение итальянца навернуть шарфик поверх пиджака — но это не значит,
что шарфик должен быть непременно от Paul Smith. Есть французское умение получать
наслаждение от любой процедуры, от похода на выставку до похода на рынок — но
опять же с показным потреблением это не связано. Или вот в Лондоне, когда в
кинотеатрах на Лейстер-сквер премьера — там, конечно, и лимузины, и красные
дорожки, и шампанское, и платья от Гальяно в жемчугах — но только для узкого
круга звезд. А зрителям по другую сторону сцены никакой Гальяно и в голову не
придет, они одеваются в Mad House, где самая дорогая тишортка — долларов 25.
У нас же, если верить Romir monitoring, и у беднейших, и у богатейших в чести
одни и те же бренды. Разница в том, что первые покупают китайский фальшак на
оптовом рынке, а вторые — подлинник в бутике.
Тотальность русского гламура объяснима же, с моей точки зрения, единственной вещью. Многие российские писаные законы все больше превращаются в ширму для быстро меняющихся правил игры. Что само по себе уже дает повод для театральной условности, со всем ее фальшивым блеском. Верите ли вы главному санитарному врачу Онищенко, когда он клеймит токсичность французских вин и пестицидность грузинских? Верите ли природоохраннику Митволю, что, требуя сноса домика над рекою, он радеет о чистоте водоемов? Нет, их слова — декорация. Так же, как розовые галстуки самого Митволя, которого следует воспринимать как веселого циника, персонажа светских хроник и фигуру чужого эндшпиля.
Реальное же устройство современной российской жизни таково, что больше всего напоминает жизнь по понятиям.
В реальности вместо среднего класса есть класс честных мужиков, или честных фраеров, которых особо не трогают, потому как с их труда кормятся все, а против неписаных правил они большей частью не протестуют. Есть класс тех, кто приглядывает за порядком — силовиков и чиновников, из числа аффилированных с силовиками. Есть беспредельщики — это менты. Есть олигаторы, которые платят дань силовикам.
И вот тут многое непонятное в загадочной русской душе становится понятным. Почему для езды в городах европейцы приобретают маленькие автомобильчики, а у нас — гигантские джипы (что может быть гламурнее Range Rover c блондинкою за рулем)? Казалось бы, и там и там проблемы с трафиком и парковками. Однако в России удобство пользования машиной вовсе не в передвижении, а в зримом повышении социального статуса. А гаишники, понятно, следят не за безопасностью, а за своим статусом, для подтверждения которого беспредельщику положено хватать любого из низших каст.
Именно по этой причине они трясут дряхлые «жигули» (низший сорт честных фраеров) и джипы с фраерами, косящими под фараонов: вот тебе, обман раскрыт. Именно поэтому пригламуренная барышня с голым пузиком и пирсингом в два карата, претендует на статус подруги олигарха, а вовсе не несчастной шалавы, устремившейся на подработки в ночной клуб. А правильный «гламурный чекист» превращается в современного, тонкого, практически богемного персонажа.
А еще надо учесть, что особая пикантность ситуации — в том, что политические правила игры в стране нередко меняются. Поэтому гламур в России — необходимость. Это тотальная маскировка: мы тут все богаты, прекрасны и молоды, мы веселимся и счастливы. Только так можно не сойти с ума при взгляде на добывающую в немыслимых количествах углеводороды, но до сих пор невероятно грязную страну, где учитель на госслужбе получает недостаточно для воспроизводства собственного белка, но на самом деле врет, что получает только это.
И сдается, это все мы уже проходили. Последний раз систему, равноценную всеобщей гламуризации страны, мы имели в СССР при Брежневе, когда тотальной и повсеместной идеологией был вещизм и убить (буквально) могли из-за пары линяющих джинсов или японского магнитофона.
20 лет назад мы бухали и доставали по блату втридорога шмотки и книги. Сегодня покупаем шмотки и тусуем. Или, по крайней мере, мечтаем о том.
ЧТО ЖЕ БУДЕТ С РОДИНОЙ И С НАМИ
Так случилось, что пару лет я проработал в одном вполне себе гламурном журнале.
Вначале гламур со всеми его правилами (на вечеринку вовремя приходят лишь лохи; дресс-код соблюдают они же; тебя должен знать в лицо фейс-контроль, а не устроитель вечеринки) мне казался правдой. Потом — сном. А сейчас — просто очень удобным индикатором. Чем больше в России «Бентли» с украшенным бриллиантами рулем, тем больше в России лжи, но тем и меньше шанс пролиться крови. Если лжи и сопутствующей ей роскоши будет через край, то нас ждет судьба, условно говоря, Древнего Рима, цивилизация которого пала перед новой и ничуть не заботящейся о благах земных религии. Это не самый плохой выход: конечно, погибнем, но про гибель нашей цивилизации снимут сотни фильмов.
А если ложь постепенно начнет отмирать, заменяясь свободой и равенством перед законом, если неписаные правила обретут вид писаных, а писаные — будут обязательны к исполнению, то гламур постепенно скукожится и уползет туда, где его ареал обитания: к кино- и поп-звездам, богеме и эксцентричным миллионерам вроде Чичваркина.
А пока девочки по всей России обречены рыдать, уткнувшись в глянцевый журнал с умопомрачительно разодетой Ксюшей Собчак, обеспечивая тем самым безбедное существование глянцевым журналам.
И, кстати, Ксюше тоже.
Фото ПРОЕКТА «ТОПОГРАФИЯ ГЛАМУРА»