
Courrier International n° 901 - 7 févr. 2008
INTERNET • Une étoile est née grâce à YouTube
Peter
Nalitch,
le chanteur de Gitar
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Sur la Toile
Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore la voix du jeune ténor Peter Nalitch,
qui a fait craquer les internautes russes, il est possible de regarder
le clip (http://ru.youtube.com/watch?v=AOzkN8dHnjk)
sur la version russe de YouTube, lancée en novembre 2007.
Le musicien dispose également d’un site, (http://www.peternalitch.ru),
sur lequel il donne des informations sur ses activités musicales.
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Les sites de partage vidéo ont permis à un jeune chanteur
moscovite
de s’imposer comme la vedette de l’année 2007 en Russie
avec un titre complètement déjanté.
Depuis plus de trois mois, les ordinateurs des internautes russes, et plus
particulièrement moscovites, sont victimes d’un virus imparable. Celui-ci
porte le nom de Gitar, s’écrivant ainsi, sans le “u” de l’orthographe anglaise.
Gitar est le titre d’un clip vidéo que se renvoient les internautes avec enthousiasme.
Sur de nombreux blogs russes, on peut souvent lire : “Cette chanson m’a bouffé
le cerveau.” Le succès phénoménal de Gitar est un mélange de plusieurs ingrédients,
dont le cocktail a des effets explosifs. Le drôle d’interprète de la chanson
s’amuse manifestement à imiter les stars des clips de la chaîne MTV. Il joue
la comédie avec une telle sincérité qu’on ne peut s’empêcher de le comparer
au personnage de Borat incarné par Sacha Baron Cohen.
La chanson qu’il interprète s’incruste dans votre tête dès la première écoute.
Gitar est une sorte de romance tsigane s’inspirant aussi bien d’un Tonino
Carotone que du chanteur colombien Juanes avec son mégatube La Camisa negra.
Le morceau est chanté en anglais avec un accent qui ressemble fort à celui
de Borat, ce qui contribue également à séduire le public. De sa belle voix
de ténor, l’interprète utilise un langage tellement simple que même ceux qui
ont un niveau médiocre peuvent comprendre les paroles : “Gitar, gitar, gitar,
gitar, come to my buduar [boudoir]” ou “Jump to my Yaguar”.
Nalitch n’a produit guère plus de dix chansons abouties
Dans le clip, le rôle de la
Jaguar est tenu par une vieille Kopeïka [un des premiers modèles de Lada]. Durant
tout le clip, la voiture reste sur place, et l’effet de déplacement est rendu
par le défilement de bouleaux dessinés sur ordinateur. Dans son véhicule immobile,
le chanteur passe les vitesses dans un style digne des personnages les plus
pittoresques d’Emir Kusturica. Impossible de visionner le clip autrement qu’à
travers la petite fenêtre de YouTube, ce qui renforce l’impression d’amateurisme.
La plupart des internautes ont fini par se dire que ce nouveau héros du Net
était un jeune homme issu d’un pays des Balkans, vraisemblablement aussi démuni
dans la vie réelle que dans le clip, et voué à devenir une nouvelle star du
punk tsigane.
Pourtant, la réalité est tout autre. Peter Nalitch, c’est son nom, a 26 ans.
Il est divorcé, est moscovite avec un quart de sang bosniaque. Son grand-père
bosniaque était un chanteur d’opéra. Ne possédant même pas de passeport extérieur
[pour se rendre à l’étranger], il ne s’aventure que rarement au-delà de la banlieue
de Moscou, où se trouve sa datcha. En quatrième et en cinquième année d’université,
il s’est spécialisé en architecture. Mais, il y a deux ans, Nalitch s’est orienté
vers la musique. “Un jour, au cours d’une soirée avec des amis où j’avais un
peu bu, j’ai chanté d’une voix forte mais peu académique le fameux air de Lenski
[dans l’opéra Eugène Onéguine de Tchaïkovski]. Une amie qui avait étudié au
conservatoire m’a dit que j’avais une voix de ténor. Elle m’a emmené chez une
vieille dame qui donnait des cours de chant. Petit à petit, j’y ai pris goût
et aujourd’hui j’ai six cours de chant par semaine. J’ai même voulu entrer au
conservatoire, mais j’étais déjà trop vieux pour eux. J’ai alors intégré une
structure qui en dépend, et c’est là que je poursuis mes études”, raconte-t-il.
Dans ses compositions personnelles, Peter Nalitch avoue avoir été influencé
par le blues et le goût de son père pour les romances russes ainsi que les chansons
tsiganes et cosaques. Avec le temps, il a monté un ministudio à son domicile.
Cependant, la plupart des cinquante chansons qu’il a composées ne sont que des
esquisses. D’après lui, il n’y a guère plus de dix créations vraiment abouties.
“J’ai toujours manqué de discipline et de caractère pour travailler longtemps
sur une même chanson”, confie-t-il.
La chanson Gitar a été composée il y a quatre ans. “Elle a mis un mois à prendre
forme, surtout à travers des échanges avec des amis. J’avais commencé par composer
le refrain. Plus tard, en compagnie d’un pote, j’ai lancé : ‘I put on my pyjamas’,
et lui m’a répondu : ‘And go to Bahamas’. Au printemps dernier, j’ai donc réenregistré
la chanson en ajoutant deux ou trois éléments dans l’arrangement”, rappelle-t-il.
Il a ensuite tourné avec des amis le clip à la datcha, où se trouvait la vieille
Lada. Peter Nalitch a chargé le clip sur son site avant qu’il soit référencé
sur YouTube, en avril 2007. Mais c’est à partir de septembre que les internautes
ont manifesté leur enthousiasme débridé pour son travail. A tel point que Peter
Nalitch se sent presque obligé de fonder un groupe. Cependant, il n’a pas du
tout l’intention de se payer une tournée avec un seul tube en poche.
Le premier musicien russe à s’imposer sur la toile
“J’ai peur d’être étiqueté
comme le chanteur de Gitar. Je ne veux pas qu’on me demande de me déguiser en
Tsigane durant les concerts. Or, si je continue ce petit jeu, ce sera inévitable.
Je préfère terminer mes études de chant, d’ici deux ans. D’ailleurs, à l’école,
je ne raconte rien sur mes autres activités. J’évite de me produire en concert
plus d’une ou deux fois tous les quinze jours, histoire de ne pas me lasser
trop vite. Même si Gitar n’est qu’une parodie, j’ai quand même besoin d’être
concentré. J’essaie de m’imposer un rythme qui me laisse aussi du temps pour
mes études, pour traîner dans la rue et pour tout le reste. Sinon, c’est l’esclavage
!” lance-t-il. Les ambitions de Peter Nalitch demeurent modestes. Pourtant,
il est bien le premier musicien pop en Russie qui a su s’imposer uniquement
grâce à la mobilisation de ses fans sur Internet.
Gitar a été simplement un des plus gros succès musicaux de l’année 2007 en Russie,
dont Peter Nalitch, qui n’est pas atteint par le syndrome des stars, est un
des héros principaux. Sera-t-il capable de retravailler ses autres chansons,
comme il l’a fait avec Gitar ? Là est la question. Faute de quoi, cette chanson
restera un succès sans lendemain. Le plus passionnant, dans cette histoire,
est que ce musicien de talent se trouve face à un dilemme. Alors que les comités
d’entreprise l’invitent pour animer des soirées et que sa chanson est transformée
en sonnerie de téléphone portable, le chanteur n’est pas du tout certain de
vouloir rester une pop star.
Boris Barabanov - Kommersant
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Петр
Налич вышел из ролика
// Автор песни "Gitar" выступил off-line
Газета «Коммерсантъ» № 6(3823) от 19.01.2008

Петр Налич (в центре) изо всех сил пытался доказать,
что он больше чем клоун из интернета
Концерт поп
Московский певец, ставший в конце 2007 года главным музыкальным героем русского интернета, дал первый большой концерт. БОРИСА Ъ-БАРАБАНОВА интересовало, есть ли у него за душой что-либо кроме хита "Gitar", который сделали популярным русские блогеры.
Формально говоря, концерт в Ikra не был первым серьезным выступлением Петра Налича в Москве. В декабре он появился на сцене клуба "Апшу" на Третьяковской, и клуб, конечно, разорвали на части -- к тому времени интернет-хит "Gitar" вертелся по кругу в каждом втором московском компьютере. Тогда же Петр Налич стал лицом российского YouTube -- местная версия социальной сети мирового значения открылась его приветственным словом. Ikra, способная вместить до тысячи зрителей, объявила об аншлаге в первые дни нового года и сразу зарезервировала еще одну дату для сольника господина Налича в феврале.
На концерте звезды интернета клуб был наполнен публикой за тридцать. Восторженные дамы скандировали "Петя! Петя!", в самой гуще танцевального партера зрители освободили пространство для танцующего джентльмена лет семидесяти. На лицах большинства пришедших было написано любопытство. В конце концов, даже те, кто подпевал больше чем одной песне, до сих пор представляли себе Петра Налича по клипу "Gitar" и демо-записям нескольких песен, выложенным в интернет.
Подпевать начали с самого первого номера "Чайки" -- осенью он был предложен для всеобщего скачивания наряду с "Gitar" и песней "Баба Люба". Певцу аккомпанировали гитарист, барабанщик, контрабасист и духовик, оперировавший флейтой, кларнетом и саксофоном. Господин Налич подыгрывал себе на клавишных. Исполнитель явно не хотел воспроизводить на сцене комический псевдобалканский колорит ролика "Gitar". Он был одет по-простому, самым ярким элементом его наряда была фермерская клетчатая рубашка. Его реплики между песнями были скупы и застенчивы, недостаток опыта общения со сколько-нибудь существенной аудиторией был налицо. Иногда слов его конферанса элементарно не было слышно в отличие от текстов песен. В начале концерта публика с радостью обнаружила, что автор дурацкой песенки "Gitar" -- профессиональный тенор. Через час от голоса господина Налича впору было устать. Он расходовал его без меры, словно каждым номером пытался сказать: "Я не клоун, я настоящий певец". Когда в начале концерта у гитариста лопнула струна, Петр Налич взял в руки свою и продемонстрировал широту вкусов: спел что-то итальянское, потом что-то цыганское, потом романс. Ближе к концу шоу он сыграл еще один похожий блок.
В этот вечер Петр Налич дважды исполнил "Gitar", дважды -- "Чаек" и дважды -- новую песню "Крылья". Пространство в промежутках заполнили казачьи и цыганские мотивы. Кое-где господин Налич остроумно использовал "плохой английский", которому едва ли не половиной своего успеха обязана песня "Gitar". Некоторые песни звучали почти как вариации на ее тему. Всего пара номеров помешала окончательно увериться, что Петр Налич -- это "Gitar" плюс однообразные итало-цыганские мелодии для свадеб и корпоративных вечеров. Это уже упомянутая песня "Крылья" с остроумным текстом, англоязычный номер "Blockhead" и заводная вещь "Drops" с большими рэповыми кусками и запоминающейся фразой "Радость простых мелодий не для меня".
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Сайт SPIEGEL ONLINE. 29 ноября
2007
РУССКИЙ БАРД
НАЛИЧ
“Потому что мне so cool”
Франк Паталонг
http://peternalitch.ru/?cat=4
Он крутится, тарахтит, несет тарабарщину:
у Петра Налича все шансы стать первой российской звездой YouTube. Музыкант-абсурдист
знакомит Восточную Европу с красотой иронии – а весь остальной мир со своим
волшебным “Гитаррррррр”.
Петр Налич совершенно невероятен для звезды. У него нет записывающей компании,
нет имени, а его репертуар звучит скорее как народная песня, чем как хит из
чартов. И тем не менее очень и очень вероятно, что его “Гитар” станет хитом:
эта песня уже шагает по планете.
Во всяком случае с тех пор, как Panic at the Disco и Hawthorn Hights пережили взлет с подачи сайта Purevolume.com, а Arctic Monkeys вознеслись благодаря MySpace, целенаправленное создание легенды в Сети стало обычным рекламным ходом музыкальной индустрии. Стоит появиться какому-нибудь подающему надежды новичку с чуть нестандарным имиджем, как у него возникает интернет-сообщество поклонников. Во многих случаях трудно доказать, что было раньше – успех или «раскрутка» в Интернете. Как только на сайтах вроде того же MySpace возникает слух, что в недрах Сети созрела новая звезда, любопытные сами позаботятся о том, чтобы создать сообщество поклонников. (далее…)