DE JAVA A BALI :
UNE APPROCHE PEDAGOGIQUE DE LA MUSIQUE TRADITIONNELLE EN LYCEE

(Terminale, option 2003)

Un dossier de Dominique Terry (dominique.terry@wanadoo.fr)

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PREAMBULE

La présence parmi les sujets du Bac du livre-disque de Catherine Basset « musiques de Bali à Java », nous amène à la découverte de musiques éloignées de notre lieu de vie. C’est également l’occasion pour nous d’aborder avec nos élèves une autre manière d’enseigner : Pour une fois, la somme des connaissances du professeur ou des élèves sur un tel sujet est pratiquement la même et nous met donc à égalité devant le sujet…
La musique traditionnelle était présente déjà dans mes écoutes en collège et m’a toujours intéressée. Mais ici, l’occasion m’était vraiment donnée de pouvoir « creuser » le sujet plus en profondeur, malgré le peu de formation dans ce domaine.
Voici donc un
témoignage sur les séances que j’ai consacré à la musique de Bali à Java aux terminales de mon lycée pour l’option facultative. Ma réflexion est ici basée sur une approche progressive et active de musiques au départ complètement inconnues du public lycéen cité.

PUBLIC

Les élèves de terminale du lycée Lumière (Lyon 8ème) dans un quartier populaire. Certains sont instrumentistes, d’autres viennent de s’inscrire à l’option en début d’année et n’ont pas fait de musique depuis la 3e.

SEANCES

Deux heures consécutives par semaine de septembre à fin novembre. Je n’indique pas dans le déroulement le découpage précis des séances car certains éléments ont été repris et retravaillés plusieurs fois. Les éléments en italique correspondent aux réponses des élèves.

DEROULEMENT

UNE APPROCHE DE LA MUSIQUE TRADITIONNELLE :
Cet approche a pour but de  faire prendre conscience à l’élève la grande diversité des musiques traditionnelles à travers le monde, leurs place dans les sociétés d’origine et leurs modes d’apprentissage.

        > A travers une chanson : Sakura (traditionnel japonais)

> A travers une photo et un témoignage :
  • D’après la photo (une enfant apprend à jouer du Koto) : Transmission du savoir par gestes et paroles, par imitation, pas de partition, du plus âgé au plus jeune.

  • D’après un témoignage (mariage tunisien) : Les chansons sont connues de tous. Je les connais car je les ai déjà entendues plusieurs fois. Je les ai apprises d’oreille. Les chansons chantées aux mariages ne sont pas les mêmes que dans d’autres occasions. A chaque cérémonie correspond un type de chant.

    > La musique traditionnelle évolue–t–elle à travers les époques ?

            ECOUTE : « Wara » Erico Bautista (MP3, 732 Ko)

     > Ecrivons alors une définition de la musique traditionnelle :

            C’est une musique liée à un endroit qui se transmet oralement et qui possède une fonction sociale ou une signification.

          > Comment analyser une musique traditionnelle ? :

       A travers un exemple : « Kena-kena », huayno (rythme traditionnel) péruvien


MUSIQUE DE BALI ET JAVA L’ordre et la fête

> Documentation : 
Il m’a semblé important de fournir aux élèves des renseignements géographiques et historiques sur l’Indonésie ainsi que de leur visionner un DVD (voir documentation à la fin de cet article) sur l’île de Bali pour les mettre en contact avec une civilisation bien éloignée de l’Occident. Nous nous sommes arrêtés entre autre sur les danses et leur gestique soph
istiquée.

> La place de la musique à Bali et Java :
Cette partie est remplie au fur et à mesure des écoutes différentes.

> Mise en voix peu « traditionnelle » …
Au début du cours, je demande aux élèves d’imiter des bruits d’objets en bois à partir d’onomatopées plus ou moins aigus (crac, zzz, poc… les sons produits sont brefs et basés sur des consonnes). Les élèves improvisent avec ces bruits les uns après les autres. Le travail de mise en voix se poursuit ensuite sur des sons imitant les bruits d’eau du grave à l’aigu (pch, gloup, plic ploc permettent des hauteurs différentes mais sont toujours aussi courts). Les élèves improvisent tous en même temps en se répondant. Nous passons aux bruits imitant le métal : les sons obtenus sont plus longs et font résonner des voyelles (bong, gling, ding dong..). Les élèves improvisent en superposant les rythmes différents obtenus.

> Premier contact, en dehors du livre au programme :

ECOUTE : Ketawang Puspawarna : musique de Gamelan javanais
Musique de Cour donnée dans le hall d’un palais princier.

Le départ est désordonné. On dirait une mécanique qui se lance progressivement. C’est lancinant, répétitif, il n’y a pas de tempo fixe. Chaque instrument a son propre dessin mélodique et rythmique. Les voix sont très indépendantes et fondues dans le reste des sons. Il y a plusieurs techniques de chant : mélodies et interventions proches du cri. On dirait une construction verticale avec chaque étage indépendant. Les plus graves interviennent de façon très espacée, les plus aigus sont ceux qui font le plus de notes. C’est le gong (gong ageng) qui termine cette musique comme si c’était lui qui donnait la structure du morceau, mais ce n’est pas lui qui « dirige ». La rythmique est donné par un tambour (le kendhang).

Conclusion : (cf livre du bac de Catherine Basset). Le gamelan n’est pas un orchestre, il n’y a pas de chef. Il est composé principalement d’instruments à percussion métalliques à lames ou sous forme de gongs verticaux ou horizontaux avec un Kendhang pour la rythmique. A Java, on rajoute souvent un rebab (petit violon), une flûte (suling), des voix solistes de femmes et des chœurs d’hommes. Nous contrôlons cette organisation sur un document fourni par la Cité de la Musique et nous notons le caractère sacré du Gamelan qui est béni à chaque déplacement, que l’on ne peut pas amputer d’un élément et dont tous les membres sont joués par des musiciens qui peuvent être interchangeables, « comme un clavier à trente mains » (cf : Catherine Basset).

> Un Gamelan vocal :
Le travail vocal et l’écoute précédente me permettent de faire interpréter vocalement un gamelan appris lors de l’université d’été sur les musiques traditionnelles sur le gamelan de la Cité de la Musique à Paris.

Les élèves sont divisés en 3 groupes :

(notation personnelle reprise d’oreille de façon trop occidentale à mon goût. Ce n’est pas un support à donner aux élèves !)

> Conclusion : Nous en déduisons l’organisation verticale du Gamelan :

Nous précisons qu’il n’existe pas un Gamelan unique avec cette distribution exacte mais une multitude de possibilités différentes selon le lieu et la fonction de la musique. 

La première analyse comparative dans le style du Bac (tableau adapté à la circonstance qui peut être modifié selon les écoutes et les réponses des élèves):

Après avoir chanté un Gamelan, nous écoutons l’Adagio de la sérénade pour instruments à vent en sibM de Mozart et nous comparons les deux musiques.

  Gamelan En commun Mozart

Orchestration Timbre

  • Gamelan javanais

  • Prédominance des sons métalliques résonnant
  • Recherche d’équilibre sonore

  • Durée des sons

  • Nuances douces
  • 2 hautbois, 2 clarinettes, 2 cors de basset, 4 cors, 2 bassons, 1 contrebasse

  • prédominance des bois

Construction verticale

  • Mélodie dédoublée dans l’aigu

  • Colotomie

  • Rôle de départ et de fin de cycle du gong ageng
  • Répartition des rythmes par étages : les plus lents dans le grave, les plus rapides dans l’aigu

  • Importance de l’instrument le plus grave

  • Voix indépendantes
  • Mélodie répartie à 2 instruments qui se relaient

  • Accompagnement harmonique et rythmique.

  • Rôle de base harmonique et pulsée de la contrebasse
Notion de temps
  • Mélodie basée sur la même unité rythmique.
  • Ornementation par un autre instrument
  • Sensation de temps suspendu, d’intemporel
  • Ostinatos rythmiques
  • Division binaire
  • Longues tenues de la mélodies
  • Puis accélération rythmiques, ornementation
  • Déroulement régulier du temps
Structure
  • Départ dans l’incertitude
  • Boucles
  • Construction verticale
    
  • Départ et arrivée très précis et ressentie
  • Déroulement des évènements dans le temps selon une logique mesurée et tonale.
  • Forme ABA’
Origine et fonction de la musique
  • Musique jouée à la Cour d’un prince.
  • Musique traditionnelle transmise oralement aux membres de la communauté.
  • Musique ayant une fonction sociale précise.
  • Musique faite pour être écoutée en concert ou sous un kiosque par le public intéressé.
  • Musique savante transmise jusqu’à nous par des partitions.

> La spatialisation des sons :

Cette séance a pour but d’aborder la construction complexe des parties supérieures des gamelans balinais.

ECOUTE : Beleganjur (n°2) Musique de procession.

Ce n’est pas la même polyrythmie que la chanson africaine. Les rythmes sont moins complexes mais plus complémentaires comme pour remplir un vide, comme les crapauds qui s’appellent sans fin à tour de rôle de façon très rapprochée.

Mélodie sur 4 notes très rapide au début et à la fin. Grande virtuosité. S’ils sont plusieurs à jouer, alors ils peuvent se répartir les notes. Comment ? Voici deux solutions trouvées par les élèves en frappant dans les mains :

Importance des changements de tempi et du kendhang qui donne la pulsation.
Nous nous reportons également au commentaire sur le livre du Bac.

ECOUTE PERIPHERIQUE : Clapping Music de steve Reich

C’est le même principe de remplissage de l’espace sonore mais les sons sont ici plus secs et le remplissage se fait progressivement et varie au fur et à mesure du déroulement de la musique.

Création d’un « clapping music » adapté à la classe : Formule choisie par les élèves et tapée dans les mains : 1234.12.123. est répétée à l’unisson puis en canon à 3 voix avec décalage d’une frappe. Effet sonore surprenant avec l’acoustique de la salle : On a l’impression que les sons proviennent de toute la salle.

> Une mélodie en puzzle

Chant : reprise de Fatou Yo avec répartition des phrases (question - réponse) par groupes et découpage de ces phrases en fragments de plus en plus serrés :

Exemple :

Les élèves constatent qu’ils ont beaucoup de difficultés à enchaîner des fragments de plus en plus courts et que la phrase ainsi interprétée perd son expression originale et devient comme un puzzle.

ECOUTE PERIPHERIQUE : Le moteur à explosion (Chanson Plus Bifluorée)

(Cette chanson aurait pu être chantée…). Le puzzle mélodique est ici voulu pour rendre un aspect mécanique et comique. Les élèves relèvent les syllabes chantées en premier : le – prin – pe – teur – plosion. Puis ils reconstruisent vocalement la phrase :

le prin  pe teur plosive
Quel est  ci du mo à ex

ECOUTE : Angklung Buhun n°16

La sonorité est différente des autres musiques déjà écoutées. Nous décrivons l’angklung (produisant un seul son) puis les élèves s’intéressent à la mélodie très simple : 8 notes au total dont 3 différentes. Le même travail est fait sur l’accompagnement très simple que les élèves appellent la colotomie. Le travail est facilité par l’emploi de tubes en plastiques accordés (malheureusement trop bien tempérés) qui remplacent les angklungs et qui guident les élèves dans leur relevé (dictée) mélodique. La structure du morceau est ainsi facilement expliquée : intro – 3XA – 3XB  etc (notation des hauteurs de 1 à 5)

Phrase A 1 3 3 3 2 2 3 2
colotomie   4 5 4   4 5 4
Phrase B 1 2 2 2 2 2 2 3
colotomie   4 5 4 5 4 5 4

Nous nous reportons au commentaire sur le livre du Bac.

Un Gamelan javanais :
Par opposition avec la musique précédemment entendue et pour récapituler les notions déjà apprises :

ECOUTE : Tari Bondan n°13 (écouté sur plusieurs séances)

Avec l’appui du livre du Bac, les élèves s’intéressent aux différents épisodes de cette musique (ils en trouvent 7) et commente en utilisant tous les éléments déjà appris. Ils font également une distinction entre la musique de Java, musique de Cour, plus lente, avec une mélodie, avec souvent des chants un rebab et un suling et celle de Bali, rapide, avec des mélodies « fragmentées », beaucoup de virtuosité et un aspect plus sacrée.

ECOUTE : Cak n°4

Cette musique est très bien reçue par les élèves qui s’intéressent tout de suite aux différentes présentations vocales entendues : Cris rauques du danseur (Dag), cris de départ du Cak, alternance rapide des syllabes, chant à l’unisson sur une mélodie très ancienne (chant d’exorcisme), paroles de textes issues d’une épopée (Ramayana), imitation d’un métallophone par un soliste, imitation d’une colotomie par plusieurs pendant le Cak. La comparaison avec les grenouilles passe également très bien. Les cris et les imitation fusent dans la classe. Nous les ordonnons un peu et l’analyse est ainsi rapidement faite… Nous nous référons toujours au livre du Bac.

> Les échelles utilisées :

Le Cak sert alors à la séance suivante de mise en voix… au grand étonnement des cours d’Arts Plastiques voisins.

chant : « Amazing Grace » gospel que nous travaillons actuellement à la chorale.

Utilisation du logiciel Musiclab « Echelles et modes » : Nous prélevons la mélodie de ce gospel (mélodie construite sur 5 notes…) avec 2 tonalités différentes (correspondant l’une aux touches noires du clavier, l’autre aux touches blanches)

Les élèves s’entraînent sur le PC de la classe aux changement de modes et découvrent ainsi cette mélodie jouée en Pelog et Slendro. Ils ressentent l’échelle en Slendro comme quelque chose de très éloigné de nos gammes habituelles et comprennent les sensations de musiques mal accordées qu’ils percevaient auparavant. Les modes Pelog et Slendro sont ensuite expliqués
(cf : article de Catherine Basset dans l’Education Musicale)

ECOUTE : Gamelan Degung n°23 (Pelog)

ECOUTE : Gamelan Sunda n°24 (Slendro)

Les sensations perçues précédemment sont confirmées durant ces deux écoutes que les élèves analysent maintenant sous tous leurs aspects avec plus de facilité en utilisant les termes adaptés appris tout au long de ce chapitre.

 

CONCLUSION

Tous les numéros du disque du Bac non encore abordés sont répartis entre les élèves (un ou plusieurs selon les appétits et les durées des extraits), avec pour consigne de s’appuyer sur les commentaires du livre du Bac afin de présenter à tour de rôle à la classe une analyse (évaluée) la plus complète possible. Ces analyses s’étaleront en partie au sein des cours consacrés aux nuits d’été de Berlioz pour permettre à tous les élèves de revenir doucement de Bali et de java… en toute sérénité.

 

BIBLIOGRAPHIE DOCUMENTATION

> Internet :

> Logiciels :

> Sources audio et vidéo :

 

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