Le conte

La légende d'Essalois

Il y a très longtemps, vivait à Essalois un dragon qui appartenait au père du père du père du père du père du père du père du père du sorcier Roger. Ce dragon terrorisait tout le monde: les bergers ne faisaient plus paître leurs moutons de peur de se les faire manger.
Mais un beau jour, un chevalier nommé Alphonse vint combattre ce dragon. La lutte dura pendant trois jours et trois nuits puis Alphonse finit par couper la tête du dragon qu'il jeta dans la Loire transformant ainsi cette rivière en un fleuve très sauvage.
Quelques siècles plus tard, le roi Jordan vint à passer par Essalois. Jordan était le fils du fils du fils du fils du fils du fils du fils du fils du chevalier Alphonse.
Le roi Jordan reconnut tout de suite le lieu des exploits de son aïeul. Il décida donc d'y construire son château pour y vivre en paix avec sa femme Aïcha et ses nombreux enfants.
Mais le sorcier Roger, qui habitait par là, découvrit que Jordan n'était autre que le fils du fils du fils du fils du fils du fils du fils du fils de celui qui avait jadis terrassé le dragon de famille. Il voulut se venger et alla dans l'appartement du jardinier du roi situé au pied du château. Il transforma le jardinier en crapaud et prit son apparence.
Le jardin du château était magnifique, il y avait des fleurs très rares fort appréciées des sorciers comme la rolipe, le corolipot, le pétuzhoma ou le carabouli... Roger, le faux jardinier cueillit quelques-unes de ces fleurs et retourna dans le laboratoire de son appartement. Là, il mélangea 5 pétales de carabouli, une tige de pissenrite le pollen d'un pétuzhoma géant et 3 feuilles de rolipe pour en faire une poudre magique. Il enduisit de cette poudre une tarte aux pommes et des bonbons. Puis, profitant de l'absence du roi parti à la chasse avec ses gardes, il alla rendre visite à la reine Aïcha, lui offrit la tarte, distribua les bonbons à tous les enfants du village et retourna dans son repère au milieu des bois satisfait de son forfait.
La reine qui était très gourmande dégusta immédiatement la tarte. La dernière miette terminée, elle vit des rides profondes creuser ses mains, son dos se voûta, sa vue se troubla et son souffle devint court. Elle regarda dans son miroir, mais ne se reconnut pas : elle était devenue une très vieille dame. Elle appela ses enfants, mais personne ne vint, elle ne vit que des groupes de vieillards tout autour du château.
Tout à coup les trompettes sonnèrent; le roi Jordan était de retour. En entrant dans ses appartements, il découvrit une vieille dame :

"- Qui êtes-vous vieille dame ?
- Mais je suis Aïcha, ta femme !
- Non, c'est impossible, la reine est encore jeune et très belle.
- Je ne sais pas ce qui m'est arrivée, mais je t'assure que je suis bien ta femme.
- Allez, cela suffit! Gardes, accompagnez donc cette vieille écervelée dans le logis du jardinier car j'ai appris que celui-ci était parti. Tu pourras ainsi t'occuper des fleurs de ma femme."

Arrivée dans l'appartement du jardinier Aïcha se mit à pleurer. Tout à coup, une petite voix la fit sursauter, c'était un crapaud qui lui parlait :

"Croa, croa je suis le jardinier, c'est Roger le sorcier qui m' a transformé ainsi. Je connais la cause de tous nos malheurs, regarde ce bocal : il contient la poudre magique qui fait vieillir. Il en a mis sur la tarte que tu as mangée et sur les bonbons des enfants.
- Ainsi, remarqua-t-elle, ce sorcier a détruit tout l'avenir d'Essalois.
- J'ai une idée dit le crapaud, va là-bas dans cette petite maison, je connais un jeune paysan capable de nous aider. Il s'appelle Bébert.
- J'y vais de ce pas, répondit la vieille".

Arrivée à la maison du paysan, tout essoufflée, Aïcha frappa à la porte. Bébert ouvrit : c'était un jeune homme d'apparence robuste et au visage rassurant. La reine lui révéla toute son histoire, Bébert l'écoutait attentivement et lui dit :

"Ton histoire paraît incroyable, mais je te crois quand même car il s'est passé des phénomènes vraiment étranges ces derniers temps par ici ; toutes ces personnes disparues et tous ces vieillards autour du château. Il semble évident qu'un sort malheureux s'est abattu sur Essalois. J'ai une idée : prépare-moi une tarte recouverte à moitié de cette poudre magique. "

La tarte terminée, Bébert partit en direction du repère du sorcier Roger. Celui-ci habitait au milieu de la forêt dans une petite cabane. Bébert marchait sur le chemin, quand une hirondelle vint doucement se poser sur son épaule et lui dit :

" - Bébert, bébert, écoute moi ! il y a du danger !
- Ah bon. Mais quel danger ? répond Bébert.
- Dans la forêt, le sorcier a lâché un loup à 2 têtes qui garde le sentier. Pour le combattre, il faut que tu ailles chercher l'épée magique au fond de la Loire."

Bébert descendit aux Camaldules pour y trouver cette arme. Il plongea dans l'eau gelée et bleutée. Il découvrit l'épée enfouie sous la vase. Il l'attrapa et la ramena sur la rive. Il remontait le sentier tout doucement quand il aperçut devant lui l'énorme loup à 2 têtes qui hurlait. Il avança à toute allure. L'épée magique s'échappa de ses mains, s'élança et d'un coup trancha les 2 têtes qui tombèrent et roulèrent jusqu'aux Camaldules pour finir dans la Loire.
Alors Bébert repartit en direction de la maison du sorcier. Soudain, il sentit un vent très fort qui l'emporta, le secoua et l'envoya sur un arbre. C'était une gigantesque tornade qui protégeait la maison du sorcier et empêchait les gens d'entrer dans son repère. Mais la mignonne hirondelle revint se poser sur l'épaule du jeune paysan et lui dit :

"Tu dois combattre la tornade, mais fais bien attention car des éclairs sortent de ses yeux et peuvent te tuer."

Bébert prit l'épée, courut pour abattre le monstre. Il se jeta sur lui. Le combat dura très longtemps et enfin, le jeune homme réussit à lui crever les yeux. La tornade tourna de moins en moins vite et disparut. Bébert découvrit enfin le repère du sorcier. Il s'apprêtait à frapper à la porte quand celle-ci s'ouvrit. Un vieil homme vêtu de noir et coiffé d'un grand chapeau pointu apparut : C'était le sorcier Roger. Ce dernier demanda :

" - Qui es-tu jeune imprudent pour venir me déranger ainsi ?
- Je suis Bébert un de tes grands admirateurs qui veut t'offrir cette délicieuse tarte.
- Je ne te connais pas, je n'ai pas confiance, goûte donc avant moi.
- D'accord avec plaisir."

Bébert prit la part de tarte sans poudre et l'avala d'un trait.

" Elle est vraiment excellente, dit-il en se suçant les doigts.
- Voyons cela."

Roger engloutit le reste de la tarte. Il se mit aussitôt à vieillir et s'écroula raide mort.
Ainsi le sort fut brisé et tout redevint normal. Quand Bébert revint au château, les trompettes annoncèrent son retour triomphal et la reine Aïcha plus belle que jamais et accompagnée des enfants lui promit sa fille en mariage.

FIN