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GIDE, LES FAUX-MONNAYEURS, ATELIERS DU 28/11/2016

Synthèse des pistes de travail élaborées pour leurs classes par des groupes de professeurs réunis en formation académique au Centre Académique Michel Delay, à Vénissieux.

Article mis en ligne le 13 décembre 2016
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 ENTRER DANS L’ŒUVRE ET GUIDER LA LECTURE

Ce groupe de travail a réfléchi sur des activités à mettre en œuvre pour accompagner la première lecture des élèves et leur permettre d’entrer dans une œuvre dense et complexe par les thèmes et problématiques qu’elle aborde, mais aussi par sa longueur, le nombre de personnages que l’intrigue met en jeu et le contexte dans lequel elle s’enracine. Les propositions ci-dessous ne constituent en aucun cas des réponses figées, mais proposent quelques pistes, parmi lesquelles chacun pourra puiser des idées et les adapter à sa manière de travailler et ses classes.

 QUESTIONS EN DEBAT

1- Est-il judicieux de fractionner la lecture ou non ? Comment amener la lecture du Journal des Faux-Monnayeurs ?
Faire lire les livres 1 et 2 des Faux Monnayeurs, puis le premier cahier du Journal des Faux-Monnayeurs ? Il conviendrait alors d’insérer quelques premiers échanges avec les élèves avant de les inviter à terminer la lecture des deux œuvres.

2- Comment présenter le questionnement à caractère sexuel de l’œuvre ?
La question sexuelle ne semble pouvoir être éludée tant elle est centrale dans l’œuvre. C’est sans doute davantage l’âge des jeunes garçons concernés que l’homosexualité elle-même qui risque aujourd’hui de choquer nos élèves. La posture à adopter semble être une posture très objective, qui s’interdise le jugement moral, mais explique les interdits de l’époque et les interdits actuels en montrant leur évolution. La majorité sexuelle se situe à 13 ans à l’époque de Gide et l’homosexualité est interdite, alors qu’aujourd’hui les interdits se sont inversés.
Faut-il prévenir les questions des élèves ? Il est difficile de trancher. Les prévenir tendrait à déflorer l’œuvre mais permettrait d’éviter que certains ne soient choqués. Il n’est pas exclu que certains élèves passent spontanément à côté de cette dimension et ne la voient absolument pas. La découvrir après-coup, dans le cadre de la classe, pourrait les désarçonner.

NOTE : VOIR LA FICHE DE LECTURE DONNÉE À LA FIN DU FOLIOPLUS
Elle propose des pistes de réflexion intéressantes : - « Famille, je vous hais » (Les Nourritures terrestres - 1897) : image de la famille dans l’œuvre. - Image de l’adolescence. - Personnage sans famille. - Évolution relation Bernard/famille.

 PROPOSITIONS DE QUESTIONS

1- Au cours de la lecture, réaliser une fiche pour chacune des familles Profitendieu, Molinier et Azaïs-Vedel : arbre généalogique et relations entre les personnages (amitié, amour, haine, conflit). Noter pour chaque personnage sa caractéristique principale. (NB : de telles fiches sont disponibles en ligne, notamment sur Wikipédia). - On peut aussi demander aux élèves de réaliser un tableau à trois entrées sur chacune des familles. - À noter : comment insérer tous les personnages qui gravitent à un moment ou un autre autour de la pension ?

2- Quelle est la quête de chacun des personnages. Comment cette quête évolue-t-elle ? À quel moment ces quêtes se rejoignent-elles ?

3- Repérer qui raconte à différentes étapes de l’œuvre ? Quel est l’intérêt des informations rapportées par tous ces narrateurs ?

4- Repérer les différents lieux dans lesquels le roman se déroule ainsi que les lieux évoqués par les personnages.

5- Particularités d’écriture : relever les blagues, jeux de mots ou formulations de type proverbial.

6- Le diable et l’ange : repérer leur présence. Quels personnages vous semblent-ils en lien avec l’une ou l’autre de ces figures ?

7- Qu’est-ce qu’une épigraphe ? Pour chaque épigraphe, faire une recherche rapide sur son auteur : époque, genre littéraire de prédilection.

8- Comment comprendre le titre de l’œuvre ?

9- Biographie de Gide.

10- Contexte littéraire : le monologue intérieur, Roger Martin du Gard et Les Thibault (1881 – 1958), James Joyce, Paul Bourget (1852 – 1935).

11- Comment comprendre la dédicace : « mon premier roman » ?

12- Le roman propose deux figures d’écrivain, laquelle a votre préférence, pourquoi ?

13- Sur le modèle de celui de Bernard, réaliser son propre carnet des contradictions.

14- On peut aussi envisager de donner aux élèves une frise chronologique avec des dates en dessous desquelles les élèves doivent placer les événements importants, ce qui leur permettrait de rétablir une chronologie chahutée : (Le naufrage), le mariage de Laura, son aventure avec Vincent, le départ de Bernard de sa famille etc.

 PROPOSITIONS D’ACTIVITÉS POUR LES PREMIERS COURS

1- Travailler sur les impressions de lecture.

2- Vérifier la compréhension littérale de l’intrigue.

3- Évoquer les relations entre les adolescents.

4- Travailler sur les thèmes abordés par l’œuvre.

5- Étude du personnage de Bernard, fil rouge du récit. Confronter le premier et le dernier chapitre.

6- Gide et le protestantisme : mise au point.

7- Travaux sur la chronologie des événements.

8- Le Journal : sources de la parole, origines du Journal, raisons de sa présence.

 PROPOSITION DE PROGRESSION

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Séance I : incipit

Sélection d’extraits : FM, chapitre I, 1.
Journal des Faux-Monnayeurs : p. 38 – 64 – 78 -82

Séance VIII : La question du genre

I- Quel genre de roman ?
A- Un roman d’initiation
B- Un roman d’aventures
C- Un roman noir

II- Un roman moderne
A- Le refus du réalisme
B- Un incipit déceptif (le refus d’information)
C- Un regard sur la société

III- Une écriture moderne
A- Une esthétique parodique
B- Le refus du personnage
C- Autobiographie d’une genèse

Les passages "obligés"

Ci-dessous une liste non exhaustive de passages importants, à travailler en classe avec les élèves.
- l’entretien « exotique » de Vincent et Lilian (p.65) (I8), en particulier le naufrage de la Bourgogne (p.67)
- la scène de la valise dérobée (p.85) (I10)
- le vol du livre par Georges (p.93) (I11)
- Mme Sophroniska se moquant du romancier (p.181) (II5)
- « L’auteur jugeant ses personnages » (p.215) (II7)
- la soirée chez les Argonautes, Alfred Jarry (p.286) (II8)
- les entretiens avec La Pérouse, dont l’échec du suicide (p.243) (III3), ou le vol des lettres (dimension autobiographique)
- l’entretien Edouard/Georges (p.342) (III15)
- la lutte avec l’Ange (p.331) (III13)
- excipit (fin du roman)

L’auteur jugeant ses personnages (II 7 p.215) à analyser en écho avec la p.85 du Journal

- chapitre important car cœur du roman « à ce point médian de notre histoire »
- mention du voyageur en tête de chapitre (« le voyageur, parvenu au haut de la colline ») : moment de flou, confusion du lecteur : sommes-nous encore dans la diégèse ? De quel personnage s’agit-il ? Puis rapidement clef : « Ainsi l’auteur imprévoyant s’arrête un instant » : pause méta discursive
- le chapitre commence par la mention du voyageur et se termine par « je les ai trouvés sur ma route » : l’écriture romanesque comme un itinéraire (cf. conférence de M. Bompaire)
- référence à Caspar David Friedrich dans la description inaugurale du chapitre, Voyageur contemplant une mer de nuages (plusieurs liens vers esthétique romantique dans ce chap.)
- mise en abyme
- omniprésence de P1 (« Je crains », « Edouard m’a plus d’une fois irrité (…) je puis bien le dire à présent ») : qui est-ce ? l’auteur ?
NB : après vérification, les titres de chapitre sont bel et bien conçus par Gide lui-même (et non simple choix éditorial, comme l’était le découpage en chapitre de Mme Bovary par exemple) donc « L’auteur jugeant ses personnages » fonctionne comme clef de lecture + on retrouve la tonalité du je gidien
- les mentions du diable (« le diable assurément les lui souffle », « derrière le plus beau motif souvent se cache un diable habile ») :
° mythe Faustien (Romantisme, difficulté de communiquer entre générations comme un thème de ce roman)
° les chemins de la séduction, le thème du dévoiement, l’attrait du diable (là encore, au cœur du roman)
° si on suit une interprétation littérale des deux phrases citées ci-dessous, le diable = le romancier !
° la forte présence du thème de la révolte « l’habitude qu’il (Bernard) a prise de la révolte et de l’opposition, le pousse à se révolter contre sa révolte même » (effet saturation) : un avatar de Lucifer ?
- utilisation massive du métalangage : le travail du romancier : « récit », « auteur », « nos personnages », « notre histoire », « le romancier », « S’il m’arrive jamais d’inventer encore une histoire » (le 2nd roman évoqué par le conférencier).
- on peut commenter le lien particulier d’attachement du romancier à ses personnages (cf l’utilisation de possessifs « ses »)
- réf. aux Américains (« De tels personnages sont taillés dans une étoffe sans épaisseur. L’Amérique en exporte beaucoup ») peut-être s’agit-il davantage d’un propos critique sur le regard fasciné que les Occidentaux portent sur les Américains (américanophobie de cette époque ?) plutôt que renvoi à un personnage américain particulier (NB : Gatsby date de 1925, ce n’est donc pas lui qui est décrit par ces termes : « Fortune, intelligence, beauté »)
- « je retrouve sur un carnet » : effet de mise en abyme
- cet extrait est aussi l’occasion de questionner avec les élèves le statut du personnage de papier
- idée d’une autonomie des personnages, d’une vie propre « je ne puis me consoler de la passade qui lui a fait prendre la place d’Olivier », « un de mes héros(...) qui m’ait déçu », « je me défie », « espérer », « Passavant va l’abîmer, c’est sûr », « le désespoir du romancier »... Cela peut rappeler Jacques le Fataliste (et peut-être plus encore à ses modèles dans la littérature anglaise du XVIIIe Laurence Sterne, Tristram Shandy)
- « désormais je me dois à eux » : idée d’une responsabilité de l’auteur vis-à-vis de ses personnages
- les personnages ont une « étoffe », « des angles », matière, matériau : le romancier en artisan ?
- A quel mouvement littéraire appartient ce roman ? Esthétique de l’hybride, quelque part entre Classicisme, Réalisme, Surréalisme, Romantisme et Nouveau Roman (NB : les auteurs du Nouveau Roman se réclamant de l’héritage gidien)

La bataille avec l’Ange (p.331) (III13)

- un épisode a priori difficile d’accès, un récit de rêve ? (peut être une solution simple pour répondre aux questions que les élèves ne vont pas manquer de poser)
- thématique de la gémellité, du double, tout va par deux dans le roman, ici le personnage affronte son double (rappelle « Nuit de décembre » de Musset)
- intertexte biblique : la lutte avec l’ange, Genèse 32, Jacob lutte avec l’ange « tous deux luttèrent jusqu’à l’aube » (cf p.336)
- une ballade dans les bas-fonds, chez les pauvres (cf. A Christmas Carol de Dickens), jeu avec les clichés naturalistes sur la pauvreté (« maladie, prostitution, honte »)
- ici Gide quitte le récit réalisme, moment dont on ne sait si fantastique, merveilleux, onirique ou parabole (occasion de revoir ces catégories avec les élèves mais aussi le caractère hybride, indécidable de notre œuvre).

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