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« De l’écrit à l’image : une question de choix »
Article mis en ligne le 28 février 2014

par Thibaud Hayette
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Comment transformer quelques pages d’une œuvre littéraire, avec sa complexité narrative, en seulement quelques images ?

a. Objectifs pédagogiques et compétences visés

Objectifs littéraires et culturels :

- Manifester sa compréhension d’un texte par un moyen original

- Faire des choix esthétiques

- Porter un regard critique constructif sur l’adaptation d’une œuvre littéraire

Objectifs méthodologiques :

- Travailler en groupe

- Respecter des contraintes (de présentation et temporelles)

- Apprendre les notions élémentaires de prises de vues et de traitement de l’image

Evaluation des items du socle commun (BO n°27 du 8 juillet 2010)

- C1 : La maîtrise de la langue française

- C4 : La maitrise des techniques usuelles de l’information et de la communication

- C5 : La culture humaniste

- C7 : L’autonomie et l’initiative

b. Descriptif sommaire

Plan du déroulement de la séquence pédagogique :

1 – Découverte de divers extraits d’adaptations (cinématographiques et en BD) d’une même œuvre littéraire : Le grand Meaulnes d’Alain Fournier.

2 – Analyse en classe entière d’un passage de l’œuvre

3 – Elaboration en groupe d’un story-board papier pour réaliser une adaptation du passage

4 – Prises de vues

5 – Réalisation en salle informatique de la planche finale

6 – Envoi via l’ENT

c. Descriptif détaillé :

Les adaptations d’œuvres littéraires, qu’elles soient cinématographiques, en bandes-dessinées, voire vidéo-ludiques sont nombreuses. Nous en méconnaissons pourtant souvent l’origine romanesque tant la popularité d’un art réputé plus ’facile d’accès’ occulte l’œuvre initiale. Or, c’est négliger une part considérable du travail du réalisateur, du bédéiste ou du concepteur de jeu-vidéo. En effet, traduire en images, fixes ou animées, un texte d’auteur n’est pas chose aisée et est le résultat de choix d’interprétation, de point de vue, ou encore esthétiques.

Afin de réaliser cette complexité, les élèves ont été amenés à transformer un passage relativement long d’une œuvre littéraire, Le Grand Meaulnes, en une planche de roman-photo. La question du choix était donc centrale : choix du point de vue, choix des passages à retenir, choix des modifications à apporter, choix des prises de vue, choix des acteurs et du lieu pour les photographies et enfin choix des effets lors du montage numérique.

Le texte d’Alain Fournier était nécessairement le point de départ, la source vers laquelle il fallait revenir sans cesse pour vérifier, corriger, compléter le miroir de l’adaptation en image. Comment transformer quelques pages du roman, avec sa complexité narrative, en seulement neuf images ? Là était l’enjeu, voire le défi à relever pour ces élèves qui travaillaient en petits groupes.

Le travail a été mené en plusieurs étapes et quatre heures lui ont été consacrées en classe.

1 – Découvrir l’adaptation

Les élèves sont entourés d’images fixes ou animées et l’origine littéraire de ces images leur échappe souvent. Dans le cadre de l’étude de l’œuvre intégrale du Grand Meaulnes en classe de 3ème, faire appel, au gré des séances, aux différentes adaptations visuelles [1] me semblait évident tant le texte d’Alain Fournier est descriptif et même, osons le mot, visuel. Par ailleurs, afin de montrer la vitalité d’un grand classique de la littérature, il convenait d’explorer ces adaptations modernes. Cependant, très rapidement, si les élèves ont été amusés de la fidélité de la première adaptation cinématographique ainsi que de la BD, ils ont été déconcertés par l’adaptation de Verhaeghe, très libre. Ainsi, est apparue la problématique des choix, faits par le réalisateur ou le bédéiste.

Au départ, il convenait évidemment de rappeler l’évidence des contraintes matérielles, financières, temporelles même pour celui qui veut faire une adaptation. Mais bien plus stimulante intellectuellement est la question du choix d’interprétation et de sa mise en image, avec recherche esthétique. C’est à cette question de choix, intimement liée à celle de la forme et du fond, que je souhaitais confronter les élèves.

(Image 1 source image : http://bd.casterman.com/albums_detail.cfm?Id=40605 : extrait de la planche 28, page 30 de la BD de Bernard Capo, Casterman, 2011)

2 – Analyser en classe entière un passage de l’œuvre

Après avoir analysé en détails quelques vignettes de la BD et des extraits des deux adaptations cinématographiques, confrontés au texte de Fournier, nous avons étudié en classe entière un passage important situé dans la dernière partie de l’œuvre : « Conversation sous la pluie » [2]. J’avais choisi volontairement ce chapitre pour trois raisons : tout d’abord, il est capital pour saisir le sentiment amoureux implicite qui unit le narrateur à Yvonne ; ensuite pour sa longueur importante de dialogue ; enfin pour la complexité narrative avec un retour en arrière qui mettait en présence Augustin Meaulnes, absent pourtant dans ce chapitre-là. Volontairement là encore, l’analyse a été rapide et je n’ai fait noter aucune synthèse.

3 – Se confronter à l’adaptation

J’ai demandé ensuite aux élèves de constituer des groupes de quatre en recherchant autant que possible la parité fille-garçon. L’objectif annoncé alors était d’élaborer sur papier une planche de neuf vignettes maximum, adaptation du chapitre « Conversation sous la pluie ».

Ils savaient qu’ils devraient ultérieurement se mettre physiquement en scène et immortaliser cela en photographie pour donner vie à leur planche, utiliser l’outil informatique pour présenter le résultat final et enfin que le format maximum d’impression était une feuille A4.

Forts de ces contraintes, immédiatement, les élèves se sont donc confrontés à des choix, entre pragmatisme et délire parfois mais avec au final le souci de rendre au plus juste le texte d’Alain Fournier. C’est en effet dans la recherche de la fidélité que tous les groupes ont trouvé leur salut, sans doute parce que c’était plus rassurant. Mais dès le travail sur papier, les sensibilités ont pu s’exprimer et ce n’était encore qu’un début.

(Image 2 : réalisation du story-board. Photographie prise dans la classe de 3e F par Thibaud Hayette)

4 – Prises de vues

Le brouillon papier terminé, il fallait concrétiser les choix en images. Le collège disposant d’une cour avec un petit parc arboré, le cadre était quasi-idyllique pour les prises de vue. Munis d’appareils photographiques prêtés par l’établissement ou d’une tablette numérique, les groupes se sont répartis sur le site et ont travaillé en autonomie. Certains ont respecté scrupuleusement les choix initiaux figurant sur leur matrice papier, d’autres s’improvisant photographe-amateur et voulant essayer des effets visuels. Certains enfin, ayant une vision plus concrète du résultat final, ont réalisé des prises de vue en anticipant des retouches numériques postérieures.

(Image 4. Photographie d’Elise Rosson prise par Marvin Guyot, classe de 3ème C, en vue d’un montage numérique)

Le rôle des « acteurs » s’est révélé tout aussi important que la justesse de la prise de vue et bon nombre d’élèves ont alors compris comment faire passer les émotions si importantes du passage.

(Image 5. Photographie de Leslie Tourdot, prise par Maxime Cotte, élèves de 3ème D)

5 – Réaliser la planche finale

Les élèves disposaient d’une heure en salle informatique pour réaliser le montage de leur planche. Ce temps était volontairement très court pour qu’ils se mobilisent rapidement et qu’ils poursuivent le travail hors-temps scolaire, dans la perspective d’un travail de groupe complet.

Se connectant au réseau Scribe de l’établissement, ils avaient accès à un dossier en partage que j’avais créé, regroupant l’ensemble des photographies prises à l’aide des différents appareils. Ils récupéraient dans le dossier personnel d’un des membres du groupe les bons clichés et pouvaient commencer la mise en forme.

Dans l’établissement sont installés différents logiciels de traitement d’images (Photofiltre, Paint.Net ou encore Photoshop) ainsi que la suite bureautique Libre Office. Là encore le choix de l’outil leur était laissé. Je circulais simplement pour aider les élèves sur telle ou telle manipulation technique mais les groupes étaient globalement autonomes [3] et ils maniaient les images ou l’ajout de texte de manière assez intuitive. Ils ont en revanche passé plus de temps en traitement d’image pour évoquer le retour en arrière du texte d’Alain Fournier.

Cette heure passée, je leur ai accordé une semaine pour me faire parvenir, via la messagerie de l’ENT laclasse.com leur travail définitif de groupe.

(Image 6 : exemple de planche réalisée par des élèves de 3ème D)

(Image 7 : exemple de planche réalisée par des élèves de 3ème C)

d. Bilan des usages du numérique :

Le numérique a été utilisé sous deux aspects : dans un premier temps pour les prises de vue grâce à un appareil photographique ou avec une tablette numérique et sa fonction photographie ; dans un second temps pour le montage de la planche grâce à des logiciels de traitement d’images ou de texte.

Le numérique a donc été le vecteur de la transformation du texte en image mais surtout un outil pour retranscrire les choix des élèves. Le but n’était pas de tomber dans le technicisme mais bien plutôt de développer une réflexion sur la transposition du texte à l’image et de mieux maîtriser des outils pour exprimer plus librement les multiples choix d’adaptation qu’ils ont faits.

Ce travail a été rendu possible grâce à la bonne maîtrise des outils numériques par les élèves, notamment sur le traitement de l’image. Cette compétence a été développée sur plusieurs années, notamment par l’animation d’ateliers sur ce thème par un collègue.

Par ailleurs, les élèves ont rencontré quelques difficultés pour transmettre leur fichier via la messagerie de l’ENT, lorsque celui-ci était trop lourd. Ainsi, ils ont souvent dû compresser leur travail avec au final un rendu décevant à l’impression. Cette étape, quoique intéressante pour la validation de compétences du B2I, était sans doute de trop.

Thibaud Hayette (thayette@ac-lyon.fr)

Notes :

[1Le Grand Meaulnes, film et affiche de Jean-Gabriel Albicocco (1967), film et affiche de Jean-Daniel Verhaeghe (2006), B.D. de Bernard Capo (2011).

[2« Conversation sous la pluie », troisième partie, chapitre 11.

[3De nombreux élèves avaient suivi une formation au traitement de l’image au cours de leur scolarité au collège.



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