Vous êtes ici : Accueil > Enseigner > Lycée > Lycée général > Séquences et séances pédagogiques > Première > Les territoires du loup
Publié : 3 juin 2014

Les territoires du loup

OBJECTIFS DE LA SÉQUENCE

En guise de préalable, il faudra commencer par lever une ambiguïté auprès des élèves. Le loup est un animal territorial, c’est à dire qu’il marque et défend un espace où il trouve les ressources nécessaires à sa survie, mais ce n’est pas de ce sens du mot territoire dont il sera ici question !

Ce qu’il s’agit d’explorer en classe, ce sont les différents sens géographiques du terme de territoire. Notion que nous savons centrale dans l’analyse géographique mais pas forcément aisée à transmettre...

Un territoire c’est d’abord un morceau de la surface de la Terre avec des propriétés physiques ; on pourra introduire à cette occasion la notion de milieu qui ne s’identifie pas à celle d’environnement, ce dernier étant le le produit dune relation ancienne entre une société et le milieu qui l’abrite.

Lorsque dans les années 1990, les loups venus d’Italie pénètrent sur le territoire français (au sens d’espace approprié par un pouvoir politique qui en a fixé les frontières et qui l’administre) après en avoir été exterminés dans les années 1930, il va occuper des espaces en déprise où la présence humaine et les activités économiques sont en recul. Pour faire simple, une partie des massifs montagneux, que la distance-temps et la distance-coût rendent peu attractives dans une économie mondialisée. Dès lors, l’agropastoralisme et le tourisme vert, encore modeste, semblent les seules activités économiques de nature à conserver une présence humaine.

Le retour du loup va ouvrir un conflit d’acteurs entre les éleveurs d’une part, les défenseurs du loup et plus largement de la faune sauvage tandis que d’autres acteurs interviennent également selon des modalités diverses, l’Union Européenne, l’Etat, notamment.

Pour les acteurs en conflit, le territoire est d’abord une appropriation mentale faites de représentations où la subjectivité et l’affectivité tiennent une place considérable. Pour les défenseurs du loup celui-ci est un élément de l’écosystème, il a donc sa place, c’est aux hommes de s’adapter à sa présence. L’espace est avant tout le lieu de vie des différentes espèces animales et végétales, dont l’Homme n’est qu’une parmi d’autres.
Après deux générations sans la présence du loup, les éleveurs, considèrent ces territoires de l’agropastoralisme, comme le cadre de leur activité d’élevage et perçoivent l’animal comme une menace pour la viabilité économique de leurs exploitations. Ce serait sans doute réducteur de ne voir dans leur hostilité qu’une question économique. Retrouver une partie de son troupeau égorgé ou mutilé constitue pour beaucoup d’entre eux un traumatisme certain que l’on perçoit dans les discours et les manifestations.

Les deux parties en conflit mettent en œuvre des stratégies dont l’enjeu est la conquête de l’opinion publique. Si l’on considère avec Jacques Lévy que 95 % des Français sont des urbains (au sens qu’ils ont des modes de vie et d’existence influencées par la ville) l’avantage va aux défenseurs de la nature. Pour beaucoup d’urbains, les espaces ruraux s’apparentent, plus ou moins consciemment, à de vastes zoo sans clôture où il est plaisant d’imaginer que l’on pourrait, pour peu qu’on les fréquente sur le mode du loisir, y croiser de gros mammifères : sangliers, cerfs, chevreuils voire loup. Ce dernier a d’ailleurs perdu son image négative des siècles précédents pour devenir un objet de peluches et de sympathiques personnages de la littérature enfantine. (voir Mini-Loup et autre...pour les connaisseurs !). S’appuyant sur ce capital de sympathie, les défenseurs du loup n’hésitent pas à affirmer que "le retour du loup correspond à la demande sociale des Français" ! Dès lors les éleveurs sont sommés de se soumettre à la supposée volonté majoritaire et aux directives de l’Union Européenne tandis que l’Etat est rappelé à ses engagements (Convention de Berne de 1979 signée par la France et engagements européens).

Si l’agropastoralisme ne subsiste que grâce aux subventions de l’Union Européenne, son existence ne se réduit pas à la seule question de l’activité et de l’emploi des éleveurs. S’il venait à disparaître, les paysages en seraient transformés, mettant en question un tourisme de randonnée modeste, mais en essor. On imagine facilement ce qu’il adviendrait de ces territoires en terme de désertification.

L’Etat l’a bien compris qui s’efforce avec le plan loup de trouver un compromis et de faire cohabiter, même difficilement, éleveurs, défenseurs du loups et randonneurs urbain à la recherche de dépaysements ruraux... Ce compromis est-il possible ?
Ce n’est pas l’avis des éleveurs qui lancent une vigoureuse contre-offensive en retournant contre leurs adversaires les arguments de la biodiversité et du développement durable (voir le document vidéo produit par un éleveur des Vosges, lien ci-dessous).

La question du loup est-elle en passe de sortir des territoires de l’agropastoralisme ? Jusqu’alors essentiellement présent au sud d’une ligne Bayonne/Nancy, c’est à dire dans des espaces montagneux de faibles densités, il pourrait désormais s’installer en plaine, à la lisière des espaces périurbains.

Contrairement à une idée communément diffusée par certains de ces défenseurs, le loup peut s’attaquer à l’homme. S’appuyant sur des sources historiques patiemment collectées, Jean-Marc Moriceau a pu recenser 7800 victimes du loup entre 1362 et 1918 sur le territoire de la France actuelle. Il précise que ces victimes sont des enfants, des femmes gardant des troupeaux ou bien des paysans affaiblis suite à une disette ou une famine... Il n’y a pas à redouter d’attaques prochaines contre les hommes...mais le loup, animal intelligent et qui sait s’adapter, peut s’attaquer aux bovins ou aux chevaux...
Le loup est-il compatible avec des densités humaines plus fortes ?

Quelques liens pour en savoir davantage :

DÉROULEMENT DE LA SÉQUENCE

Cette séquence s’inscrit dans le thème 2 du cours de géographie de Première L/ES "Aménager et développer le territoire français", leçon 1 : "Valoriser et ménager les milieux".
Je l’utilise comme étude de cas portant sur la gestion durable d’un milieu.

Les capacités travaillées sont les suivantes :

  • identifier et localiser
  • changer les échelles et mettre en relation
  • exploiter et confronter des informations
  • organiser et synthétiser des informations
  • développer son expression personnelle et son sens critique

Une étude de documents (voir documents téléchargeables) permet aux élèves de connaître les acteurs, leurs représentations, leurs stratégies, les enjeux et les territoires concernés.
Travail en groupes de 3, puis synthèse à partir des réponses produites. Les travaux de certains groupes sont ramassés pour évaluation.
Un schéma d’analyse géographique permet aux élèves de bien comprendre les emboîtements d’échelles.

Documents vidéo utilisés pour l’étude de cas :

Il est possible d’envisager un croquis en faisant avec les élèves un inventaire de ce qui pourrait être représenté et des figurés utilisés. Les élèves produisent un brouillon. On utilise ensuite certaines production comme point de départ de la correction. (Voir document ci-joint)

ÉVALUATION ET BILAN

- séquence utilisée avec une classe de Première L. Classe hétérogène mais active.
- certain(e)s peinent à trouver les représentations des différents acteurs. Il faut les aider par des questions.
- la séquence a bien fonctionné dans l’ensemble. Elle permet accessoirement d’interroger les élèves sur ce qu’ils associent à des mots qu’ils entendent régulièrement : biodiversité, développement durable, protection de l’environnement...